Carambolages : les secrets des œuvres - Un œil qui regarde

L'exposition Carambolages rassemble 185 œuvres plus variées et originales les unes que les autres. Pour vous aider à les découvrir, le Grand Palais vous propose d'en mettre quelques unes en lumière tout au long de l'exposition.
29 mars 2016
|
Jean-Hubert Martin
École française, Un oeil qui regarde, xviiie siècle, Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques
Carambolages : les secrets des œuvres - Un œil qui regarde

Dès 1785, Lady Eleanor Butler écrit qu’un ami lui a montré «un oeil fait à Paris, serti dans une bague, une vraie idée française».Mais c’est l’histoire du prince de Galles, futur George IV, qui lança la mode des yeux peints. À l’âge de 21 ans, en 1784, il tombe amoureux de Maria Fitzherbert, mais ne peut l’épouser, car son père George III n’y consentirait pas. En effet, la dame est catholique et la règlementation royale exige l’accord du père pour un mariage avant l’âge de 25 ans. Il simule alors un suicide qui ébranle la convoitée. Après avoir accédé à sa demande, elle s’enfuit pour plus d’un an sur le continent. Mais la passion du prince ne tarit pas et il lui envoie une lettre accompagnée de son oeil peint par le miniaturiste Richard Cosway. Conquise, Maria Fitzherbert rentre à Londres et l’épouse secrètement. Peu après, elle fit peindre son oeil dans un pendentif par le même artiste et en fit don à son mari.
Cet échange de témoins oculaires au lieu d’anneaux fut interprété comme une preuve de leur alliance secrète. La mode connut un vrai succès jusque vers 1830 et se diffusa surtout en Angleterre, en France et en Russie. Les yeux peints se répandent sur des supports variés. Réalisés sur parchemin ou ivoire, ils sont souvent sertis de pierres précieuses et se déclinent en broches, sautoirs, bracelets et épingles, mais aussi sur des boîtes: tabatières, boîtes à cure-dents, etc. Ils s’échangent entre amants, mais perpétuent aussi le souvenir des chers disparus. C’est sans doute le cas de cette tabatière. L’oeil se profile au milieu de lauriers qui symbolisent la victoire et la gloire, militaire ou intellectuelle, et de ce fait aussi l’immortalité.
Ces yeux ne sont pas de simples portraits partiels, mais bien plus des interpellations de celui qui regarde et observe le destinataire. Leur rôle est de rappeler constamment la présence, quasi inquisitrice, de l’être aimé. En s’échangeant leur regard ou en se soumettant à lui, les amants échangent leurs désirs et s’offrent l’un à l’autre (Grootenboer, 2006). L’oeil est souvent assorti de cheveux, quelquefois même découpés et mêlés à la peinture dans une pratique qui relève de la magie






Mots-clés
A lire aussi

Des podcasts pour l'été : Carambolages

- 20 juillet 2016
Cet été, retrouvez les podcasts autour de nos dernières expositions. Session de rattrapage avec au programme des conférences de "Carambolages", un questionnement en trois temps sur le musée de demain...

Carambolages : le choix d'Anna...

- 30 juin 2016
L'exposition Carambolages se poursuit ! Une exposition pas comme les autres qui met le visiteur et son ressenti au centre du parcours. Découvrez dès à présent quelle œuvre marquante certains d'entre eux ont choisi...
Tout le magazine