Paul Gauguin en quête des mythes maoris : l'esprit des morts

Si Paul Gauguin s’intéresse aux croyances religieuses maories dès son arrivée à Tahiti en 1891, il constate avec déception que la colonisation s’est évertuée à les éradiquer...
19 décembre 2017
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Dans Noa Noa, Gauguin prétend avoir découvert les anciennes croyances tahitiennes auprès de sa vahiné. En réalité, ces légendes sont largement perdues et Gauguin se familiarise avec les mythes grâce à l’ouvrage Voyages aux îles du Grand Océan de Jacques-Antoine Moerenhout (1837). Il en recopie des extraits dans son manuscrit Ancien culte mahorie, et crée son panthéon personnel en bois, gravures, peintures et céramiques. Il accorde une grande importance à la figure d’Hina. Cette approche libre de la mythologie tahitienne est liée à son intérêt pour des théories contemporaines comme le diffusionnisme ou la théosophie, prônant une vérité universelle partagée par toutes les religions. Il admire la figure de Bouddha, dont on retrouve les poses dans des œuvres comme Tii à la perle et Tii à la coquille, sculptures de divinités en bois et matériaux variés.
 
Paul Gauguin, Manao Tupapau (L'esprit des morts veille), 1892 © Albright-Knox Art Gallery
La croyance traditionnelle en les tupapau – les esprits des morts – est un des rares vestiges de la culture précoloniale que Gauguin découvre à Tahiti. L’insertion de tupapau dans ses compositions, en particulier les scènes nocturnes, lui permet d’insuffler une atmosphère spirituelle et menaçante à des sujets par ailleurs bien ancrés dans la réalité. À partir de 1892, Gauguin donne une forme plastique à l’esprit des morts maori. Les Tahitiens pensaient que les tupapau erraient parmi les vivants et que l’on pouvait les rencontrer, notamment la nuit. Le tupapau de Gauguin prend l’apparence d’une femme âgée évoquant la figure de l’ancêtre, enveloppée dans une cape. Elle introduit une dimension inquiétante et irréelle dans le monde des vivants, comme dans Manaò Tupapaú (ci-contre). Les mythes maoris ne quittent plus Gauguin. 



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