Un tableau à deux visages - Carambolages : les secrets des œuvres

L'exposition Carambolages rassemble 185 œuvres plus variées et originales les unes que les autres. Pour vous aider à les découvrir, le Grand Palais vous propose d'en mettre quelques unes en lumière tout au long de l'exposition.
26 mai 2016
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Carambolages : les secrets des oeuvres - Un tableau à deux visages

Jean Boinard est originaire du Mans où il naît en 1627 et où se déroule l’essentiel de sa carrière de peintre et graveur. Il a surtout laissé des tableaux religieux et des copies des maîtres, en particulier de Nicolas Poussin, que l’on retrouve au musée de Tessé du Mans. Il se rend à Paris autour de 1690 et obtient du roi un brevet d’invention pour ses tableaux changeants, dont celui-ci est le seul exemplaire connu. Si Boinard et Bonnard, collaborateur de Le Brun, ne font qu’un, comme le présument certains, l’idée de la transformation de l’expression peut lui être venue à partir des études de physionomie du peintre du roi. Il meurt à Versailles en 1711.

© Tête changeante, 1683, huile sur toile, H. 67; L. 55 cm, Le Mans, musée de Tessé, inv. LM10.166
La querelle des deux philosophes et l’antagonisme de leurs conceptions du monde remontent à l’Antiquité et a été ravivée par la Renaissance. Montaigne la décrit: « Des deux philosophes Démocrite et Héraclite, le premier, qui trouvait ridicule et vaine la condition humaine, n’affichait en public qu’un visage moqueur et souriant; le deuxième, au contraire, éprouvant de la compassion et de la pitié pour cette même condition, montrait un visage continuellement triste et avait les yeux pleins de larmes. Sitôt le pied en dehors du logis, L’un riait, et l’autre pleurait. [Juvénal, X, 28] ».

À la différence de Rubens et de maintes autres versions en paire ou même en recto-verso, Boinard ne représente pas le dialogue conflictuel des deux philosophes, mais, pour bien montrer qu’il s’agit d’une dialectique et d’un choix individuel, il la traite sur un seul visage. Les yeux et la bouche, rieurs ou pleureurs, sont peints sur un panneau de quatre languettes qui coulissent à l’arrière de la toile selon un mouvement de va-et-vient actionné par une cordelette. Alors que le tableau a longtemps été considéré comme une «peinture de foire», parce qu’il entre dans la catégorie des images à transformation de veine populaire, sa restauration en 1995 lui a rendu une apparence digne de son degré d’inventivité et de son originalité.












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