Aller au contenu principal

Article -

Les Peintures du Temple d’Hilma af Klint : une mission guidée par les anges

Vue de salle dans l'exposition Hilma af Klint
Photo © Luc Castel, 2026

Présenté au Grand Palais jusqu’au 30 août 2026, l’ensemble des Peintures du Temple constitue le projet le plus ambitieux de la vie artistique d’Hilma af Klint. Visionnaire, mystique et profondément singulière, la peintre suédoise développe entre 1906 et 1915 une œuvre monumentale de 193 peintures conçues comme les fragments d’un temple spirituel idéal.

Le 1er janvier 1906, lors d’une séance de spiritisme, Hilma af Klint entend la voix d’un "ange" nommé Amaliel qui lui confie une mission : réaliser les Peintures du Temple. 

À 44 ans, l’artiste entreprend ce projet avec ses amies Anna Cassel et Gusten Andersson, avant qu’un groupe de treize femmes ne participe progressivement à cette aventure artistique et spirituelle. 

Réparti en onze séries, l’ensemble produit explore l’évolution spirituelle de l’humanité à travers un langage visuel inédit mêlant références bibliques, ésotérisme, théosophie et sciences modernes. Les compositions opposent féminin et masculin, bien et mal, matière et esprit, dans un univers de formes géométriques, de couleurs vibrantes et de symboles.

Ce fut le grand travail de ma vie.

Hilma af Klint

Oeuvre abstraite d'Hilma af Klint entre formes en couleurs (tons rouges, rosés, violet)
By courtesy of the Hilma af Klint Foundation © photo The Moderna Museet, Stockholm

Hilma af Klint, Colombe, n° 2, 1915

Une œuvre guidée par la spiritualité

Convaincue que son inspiration vient d’ailleurs, Hilma af Klint affirme peindre sans esquisses : "Les images ont été peintes directement à travers moi, sans dessin préalable."

Dans un état méditatif, entourée de plusieurs collaboratrices, elle développe un vocabulaire de spirales, diagrammes et formes géométriques qui structure les œuvres du Temple. Les "guides" spirituels semblent aussi déterminer les formats monumentaux, les techniques employées et le rythme d’exécution de certaines séries.

L’artiste insiste d’ailleurs sur la dimension collective de ce travail. En 1917, elle note que la série US a été "réalisée avec l’aide de la quasi-totalité du groupe".

Masculin, féminin et dualité

Dans les premières séries réalisées entre 1906 et 1908, Hilma af Klint aborde la sexualité, l’équilibre des contraires et la transformation spirituelle. Influencée par l’anthroposophie, elle développe l’idée d’une humanité cherchant à retrouver une unité originelle réunissant féminin et masculin. Chaque couleur, chaque motif et chaque symbole possède une signification spirituelle. Spirales, fleurs et diagrammes deviennent les éléments d’un langage destiné à représenter l’invisible.

Une oeuvre de Hilma af Klint, issue de la série "Les Dix plus grands" : tons bleus, rosés et orangés, représentant des formes organiques et fleuries
By courtesy of the Hilma af Klint Foundation © photo The Moderna Museet, Stockholm

Hilma af Klint, Les Dix plus grands, n° 2 (Enfance), 1907

Les Dix plus grands

Parmi les ensembles majeurs de l’exposition figure Les Dix plus grands, réalisé en 1907. Ces immenses peintures représentent les quatre âges de la vie : enfance, jeunesse, âge adulte et vieillesse. Exécutées rapidement avec l’aide de Cornelia Cederberg et Gusten Andersson, elles mêlent symboles spirituels et couleurs associées à chaque étape de l’existence : bleu pour l’enfance, orange pour la jeunesse, lilas pour l’âge adulte puis rose et beige pour la vieillesse. Hilma af Klint utilise ici la tempera à l’œuf sur papier, une technique héritée de la peinture religieuse de la Renaissance.

Vue de salle dans l'exposition Hilma af Klint
Photo © Luc Castel, 2026

Parcourir l’exposition du Grand Palais revient à suivre le parcours imaginé par Hilma af Klint pour accueillir les Peintures du Temple. Dans ses carnets des années 1930, l’artiste dessine un bâtiment en spirale destiné à conduire les visiteurs vers un espace sacré. 

Ce temple ne verra jamais le jour, mais l’exposition restitue cette progression symbolique jusqu’aux trois Retables de 1915, synthèse spirituelle du projet. Hilma af Klint y utilise des feuilles de métal précieux capables de refléter la lumière, en écho aux traditions de l’art religieux. 

Le premier retable, visible à gauche dans la photographie ci-contre, présente une pyramide aux couleurs du spectre solaire surmontée d’un astre rayonnant. Cette composition rappelle les recherches de Johann Wolfgang von Goethe sur la théorie des couleurs, exposée dans son Traité des couleurs publié en 1810.

Votre panier

Votre panier est vide

Besoin d'inspiration ?
Rendez-vous dans le programme en ligne du GrandPalais

Magazine

Regardez, lisez, écoutez

Voir tout le magazine