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En participant à la restauration du Napoléon d’Abel Gance, le géant américain du streaming louvoie entre garanties cinéphiles et profits économiques. Partageant avec le souverain corse un même souci d’hégémonie.
- Manifesto, une carte blanche au journal AOC -
Par Serge Kaganski, journaliste
L’annonce de la participation de Netflix à la restauration du Napoléon d’Abel Gance participe d’une stratégie globale de marketing cinéphilique vertueux de la part du géant américain des plateformes numériques. Après avoir produit des auteurs tels que Alfonso Cuarón, Martin Scorsese ou les frères Coen, après avoir acquis les droits de diffusion de Truffaut, Demy ou Chaplin, Netflix s’associe donc à la Cinémathèque française pour ripoliner et sortir de l’oubli muséal le chef-d’œuvre de Gance. Bien joué. À première vue, on comprend très bien les raisons de la Cinémathèque : aller chercher l’argent là où il est dans un deal gagnant-gagnant où les moyens justifient la fin qui consiste à faire vivre le patrimoine cinématographique mondial. Les cinéphiles devraient y trouver matière à se réjouir. Certes. À seconde vue, on est quand même en droit de s’interroger et d’examiner de plus près cette fin et ces moyens.
La compagnie fondée par Reed Hastings n’est pas une entreprise philanthropique se battant pour l’amour de l’art, son objectif est moins lumineux quoique très clair : réaliser des profits, les plus larges possible, et user de tous les moyens pour atteindre ce but, alternant carotte et bâton. La carotte, c’est produire Scorsese ou restaurer Gance ; le bâton, c’est pouvoir admirer The Irishman ou Napoléon partout… sauf sur le grand écran d’une salle de cinéma. Les gages cinéphiles ne sont qu’un cheval de Troie pour cette entité capitaliste moderne. On pointera ainsi une amère ironie déjà relevée par d’autres tellement elle saute aux yeux : le destin de Napoléon, film conçu pour trois écrans juxtaposés, préfigurant le Cinémascope, est donc désormais pris en charge par une société dont le business model est pieds et poings liés aux petits écrans divers et variés. Cela ne durera peut-être pas mais pour le moment, c’est un fait incontournable : Netflix est synonyme de canapé-télé, où l’on verra bientôt Napoléon sur écran réduit, fut-il 16/9e, et nulle part ailleurs – hormis quelques séances pour happy few en festival ou à la Cinémathèque.
Ensuite, un détail nous frappe : la lettre N, initiale-symbole de l’Empereur et logo de la société. Comme un rapprochement entre l’empire hard power du souverain corse et l’empire soft power du mogul américain. Napoléon levait des armées de soldats, Hastings enrôle des bataillons de scénaristes-réalisateurs-techniciens, l’un envahissait les pays d’Europe par la baïonnette et le canon, l’autre conquiert des parts de marché dans tous les pays du monde par les abonnements et le marketing, le premier triomphait des Prussiens, Russes ou Autrichiens, le second défait le vieil écosystème du cinéma et ses concurrents du numérique… Un empire succède donc à un autre, à certains égards en pire, car on peut déjà prédire que l’ère Netflix durera beaucoup plus longtemps que la période napoléonienne, et si elle fera moins couler de sang, elle fera beaucoup de victimes économiques (les studios, les salles, les producteurs ou distributeurs indépendants, les cinéastes irréductibles…) et symboliques (la cinéphilie, la diversité esthétique, la radicalité formelle…).
Ainsi, si les amoureux du 7e art ont des raisons de se réjouir à court terme de l’action de Netflix et de la renaissance de Napoléon, qu’en sera-t-il à moyen terme quand 80% des images mondiales seront formatées par la firme au grand N rouge, quand les salles de cinéma auront disparu et que celles qui survivront seront labellisées N et ne passeront que les productions maison ? Certes, ce n’est là qu’une projection inquiète, nous verrons si elle se réalise. En attendant, il ne se passe pas un jour sans que les pages culturelles des médias papier ou en ligne n’impriment le mot ou le logo Netflix, comme si la netflixisation du monde était déjà en marche. On comprend bien pourquoi Netflix restaure Napoléon, par-delà ses objectifs conscients de soft power et d’affichage cinéphile : l’inconscient aussi joue son rôle, faisant coïncider l’époque impériale avec l’impérialisme 2.0.
Serge Kaganski
Cofondateur des Inrockuptibles en 1986, Serge Kaganski y sera critique rock et de cinéma jusqu’à son départ du magazine en 2018. Il est aujourd’hui journaliste indépendant, et collaborateur régulier d’AOC.
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