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Un double plateau de danse, entre transe futuriste et culture créole, porté par Sharon Eyal et Léo Lérus. Trois questions à Bruno Bouché, directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin, avant les représentations au Grand Palais des 30 juin, 1er et 2 juillet 2026.
Sharon Eyal et Léo Lérus, deux grandes figures de la danse contemporaine, cultivent depuis vingt ans une complicité artistique et professionnelle. Suite à l'invitation du Ballet de l’Opéra national du Rhin, ils ont imaginé ensemble un diptyque faisant entrer en résonance leurs deux univers.
Il y a d’abord la rencontre avec Léo Lérus, que nous avons accueilli en résidence avec sa compagnie au CCN pour sa création Gounouj, créée en mars 2024 à La Filature de Mulhouse. Les chorégraphes qui partent d’une tradition pour la traiter de manière contemporaine constituent l’un des axes de la programmation d’un Ballet européen au 21ème siècle, et Léo Lérus crée justement à partir de sa culture créole natale.
Constituer un répertoire de notre temps est par ailleurs un autre axe majeur de notre programmation, où de grandes signatures contemporaines enrichissent la polyvalence et la technicité des danseurs. Ainsi, Sharon Eyal, et sa danse si expressive portée par un désir de verticalité brute et absolue, paraissait indispensable. Les créations de Sharon Eyal étant programmées dans de nombreuses compagnies internationales, l’idée était de trouver une programmation qui fasse réellement sens avec notre identité.
Il se trouve que Léo Lérus a également été interprète de la Batsheva Dance Company à partir de 2005, année où Sharon Eyal est devenue chorégraphe attitrée de la compagnie. Depuis, il est devenu l’un de ses principaux collaborateurs, en dansant pour sa compagnie et en l’assistant pour certaines de ses créations, qu’il remonte aujourd’hui.
J’ai alors proposé à Léo Lérus d’imaginer une création dans le cadre d’un programme commun avec l’entrée au répertoire d’une pièce de Sharon Eyal.
La singularité de ce programme résulte donc d’une réflexion commune entre Sharon Eyal et Léo Lérus, d’autant plus que ce dernier a créé Ici en regard de The Look. Mais il s’agit peut-être davantage d’un contrepoint que d’un effet de miroir ou, pour reprendre les mots de Léo Lérus, d’une révélation de l’espace négatif de The Look.
Car si Sharon Eyal travaille sur la transe, la force du groupe et une énergie projetée vers le public, Léo Lérus cherche, avec Ici, à révéler la présence individuelle et l’humanité propre à chacun dans une dimension plus intimiste. D’où le choix de travailler avec un groupe plus restreint que les dix-sept interprètes de The Look.
Tous deux ont répondu à cette invitation et constitué ce diptyque chorégraphique d’une rare intensité, où la transe futuriste et collective de The Look succède aux rencontres solaires et intimistes d’Ici.
L’immensité de la Nef va nous permettre de développer la projection de l’énergie collective dans l’espace, mais aussi de renforcer le lien entre les pièces. Les entrées et sorties des artistes seront ainsi mises en scène afin de dialoguer avec l’architecture.
Quant à la lumière qui traversera les baies vitrées, la solarité d’Ici, qui ouvre le programme, jouera avec l’ambiance du jour basculant progressivement vers l’obscurité.
Pour The Look, qui s’appuie habituellement sur le noir compact de la salle de théâtre, un clair-obscur s’installera au moment où débutera la pièce. La masse du groupe et son déplacement organique, rendus plus visibles, se découperont sur l’immensité de la Nef et la rudesse de son décor brut, lui conférant un autre mystère, sans doute plus troublant encore.
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