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Entouré d'une communauté de jeunes danseurs et danseuses, de musiciennes et de musiciens, Némo Flouret imagine avec Derniers feux une œuvre collective qui mêle souvenirs d'enfance et mémoire partagée. Trois questions à l'artiste avant les représentations au Grand Palais, les 12, 13 et 14 juin 2026.
Portrait de Némo Flouret dans la Nef du Grand Palais
Il y a dans mes spectacles ce besoin permanent d’écoute et de perception des lieux que l’on traverse, d’être pluriels, de sans cesse renouveler les imaginaires qui tissent le travail à partir de ce que l’on rencontre sur nos chemins.
Derniers Feux s’est créé dans des paysages en Calabre, sur le bord de la mer Méditerranée, sur une place de village, dans un théâtre vide, sur une pelouse de la forêt du Watermill Center (New York). Nous avons absorbé dans cette création toutes les sensations que ces lieux nous ont procurées : les lumières, les sons, les rythmes de vie, les habitudes et les ciels.
La Nef devient donc un nouveau terrain de jeu pour ce rêve collectif, un nouveau paysage à partager et à investir. Au Grand Palais, j’ai été frappé par le vide et le ciel, par le regard qui se perd dans la verticalité et l’horizontalité, comme dans les montagnes, ou lorsque l’on regarde l’océan ou un feu d’artifice. Sous ces verrières, Derniers Feux sera un bouillonnement de couleurs, un feu qui cherche à sortir, à effleurer les limites de l’espace.
Cela résonne avec ce qui me porte aujourd’hui : placer l’humain face au vide, face à ce qui le dépasse. Se rappeler que nous sommes petits avec nos rêves et nos images, et pourtant nous continuons à regarder au loin et vers le haut. Nous nous débattons dans nos mouvements, nos corps, nos bruits et nos incertitudes, mais nous cherchons malgré tout une autre dimension, quelque chose qui échappe à notre compréhension. Nous regardons les étoiles.
Nous avons toutes et tous une sensibilité différente face à l’après, face à la fin, à la mort, aux changements, à la dernière fois, aux bouleversements du monde et de l’existence. Je ne situerais donc ni pessimisme ni espoir dans cette idée d’un "monde après le monde". C’est une suggestion fictionnelle, un léger décalage avec la réalité.
Derniers Feux est un miroir déformant du réel, la trace d’un moment imaginaire qui trouve pourtant un écho dans notre réalité. J’aime penser que le spectacle peut ouvrir et atteindre les imaginaires de chacune et chacun, qu’il laisse aux spectatrices et spectateurs l’espace nécessaire pour redécouvrir leur propre monde, leurs vécus, leurs sensations, et choisir la résonance qu’ils et elles souhaitent donner à leurs émotions ainsi qu’aux signes que Derniers Feux convoque.
Néanmoins, le monde traverse et compose le spectacle. On peut y retrouver les tourments auxquels nous faisons face aujourd’hui ; des humains qui s’acharnent à construire, à trouver du sens, qui se confrontent à leurs doutes et à leurs tragédies, mais qui essaient aussi de créer un rêve, des mots, un nouveau langage, un poème.
J’aime penser les spectacles comme des thermomètres de notre époque. Ils prennent la température de l’imaginaire collectif, de nos patiences, de nos inquiétudes et des récits que nous continuons à nous raconter malgré nous.
Derniers Feux, Némo Flouret
Toute l’équipe, ainsi que les musiciennes et musiciens qui la composent, ont d’abord besoin d’instruments qui résonnent dans ces paysages. Ils viennent acoustiquement prendre l’espace, avec des sonorités qui appellent au rassemblement.
La trompette, qui m’accompagne depuis l’enfance, possède cette proximité avec la voix par la respiration. C’est parfois presque un chant, un cri, un appel à l’aide pour éviter de se perdre ; une corne de brume, un pleur dans la nuit, une marche funéraire ou un éclat de joie de fanfare. Il fallait que nous nous suffisions à nous-mêmes, et la trompette que propose Susana Santos est multiple, simple et complexe à la fois.
Elle nous tient à bout de souffle. Elle développe une relation au temps et au volume contrastée, éphémère et organique, effrayante et rassurante. Elle est pyrotechnique.
La caisse claire joue un rôle très particulier et central. C’est le pouls du spectacle, elle sculpte le temps de l’action avec sa régularité parfois oppressante. Rubén Orio oscille finement à travers des tempi variés, des ralentissements et des accélérations parfois imperceptibles, mais qui chargent et déchargent l’air ainsi que la perception de l’environnement de Derniers Feux.
C’est un outil de montage qui guide le regard et la concentration, une tension stable permettant à l’œuvre de s’organiser et de se déployer en temps réel.
Derniers Feux a quelque chose d’une tempête visuelle et sonore. Tout apparaît dans le vent, dans une agitation organisée où les corps, les objets et les idées se bousculent et se transforment perpétuellement.
Il y avait l’envie de saisir un spectre complexe de sensations. Comme dans un feu d’artifice, la joie flirte avec la peur, l’ennui avec la surprise, la conscience de notre finitude avec le désir obstiné de déjouer le temps.
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Et pour prolonger l’expérience, profitez également d’un tarif réduit à 10€ pour Fireworks, la soirée After Nef qui aura lieu samedi 13 juin après le spectacle, avec le code FIREWORKS26.
Derniers feux est une rêverie sur l’éphémère et l’immatériel : un spectacle sur la création d’un spectacle, une utopie naissante portée par dix jeunes performeurs qui tentent de donner corps ensemble à un monde après le monde. Affrontant la peur du danger, l’émotion et la joie que procurerait la "seconde d’éternité" d’un feu d’artifice final, ils dansent, jouent de la musique, montent et démontent espace et scénographie.
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