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Trois questions à Tiago Rodrigues, chorégraphe du spectacle "No Yogurt for the Dead"

Deux personnes sur scène
Michiel Devijver

Entre théâtre et comédie musicale, Tiago Rodrigues, figure majeure de la scène théâtrale européenne et directeur du Festival d’Avignon, explore le lien entre mémoire intime et collective à travers l’évocation de son père disparu. Une pièce à découvrir les 18, 19 et 20 juin 2026 au Grand Palais.

Après la mort de son père, journaliste, le metteur en scène Tiago Rodrigues ouvre le carnet dans lequel celui-ci travaillait à un ultime article. Mais au lieu du texte attendu, il découvre seulement des fragments, des lignes, des points et des dessins abstraits, privés de toute signification apparente. De cette absence naît une pièce poétique et labyrinthique qui explore le deuil, la mémoire, les fantômes et le pouvoir des récits, portée par une musique live mêlant chant et guitares.

Sixième volet de la célèbre série Histoire(s) du Théâtre, initiée au NTGent par Milo Rau, No Yogurt for the Dead entremêle les esthétiques et les genres. Du réalisme à l’onirisme, du récit à la comédie musicale, le spectacle mobilise toutes les ressources de la scène pour révéler la capacité du théâtre à écouter les morts et à faire dialoguer leur voix avec celle des vivants.

Un acteur, seul sur scène dans un décor sombre
Michiel Devijver

Le spectacle s’inspire des derniers écrits - ou moments - de votre père. Comment transformer une histoire profondément personnelle en expérience universelle ?

Chaque fois que je travaille sur des faits réels, autobiographiques ou non, je me demande : est-ce que cette histoire personnelle, qui est importante pour moi, peut résonner plus largement et être aussi importante pour d’autres ? Souvent, je découvre que ce sont les histoires qui semblent les plus spécifiques, ancrées ou personnelles qui sont les plus à même de toucher un grand nombre de personnes.

Il s’agit de faire confiance au public et à sa capacité de traduire des mondes lointains vers son propre monde. Il faut faire confiance à la curiosité du public. Je crois que c’est cela que beaucoup de personnes cherchent au théâtre : l’Autre. La possibilité de découvrir des vies qui ne sont pas nécessairement leur vie mais qu’elles ont besoin d’essayer de comprendre.

Quelle nécessité vous a poussé au mélange des formes (théâtre, comédie musicale, onirisme) pour ce spectacle, ce qui n’est pas habituel dans votre travail ?

Ce spectacle est peut-être plus musical que d’autres, surtout grâce à la collaboration avec Hélder Gonçalves, qui a su adapter et préserver les ingrédients essentiels de mon travail. La musicalité qui s’est imposée pendant la création de la pièce s’accompagne d’une abstraction et d’un onirisme plus vibrants et plus intenses que dans certaines de mes autres créations.

La musicalité devient alors un guide tout au long du spectacle. Selon son intensité, elle permet de signifier l’évolution du personnage et sa progression vers une perte de conscience et une perte de la notion du réel. Plus le personnage s’approche du délire et de la mort, plus le spectacle devient musical, poétique et abstrait. C’était pour moi une traduction artistique positive d’une fin de vie.

Comment la Nef du Grand Palais transforme-t-elle votre approche de ce spectacle ?

Au-delà des adaptations techniques qu’implique cet espace atypique et de sa forte personnalité, je crois que l’essentiel est que la Nef du Grand Palais ajoute du rêve à cette pièce. Cette architecture monumentale, ainsi que la hauteur de ces escaliers qui semblent monter vers le ciel nocturne, viennent proposer une atmosphère encore plus onirique et une ampleur qui souligne le poétique et le tragique.

Le défi consiste ainsi à maintenir un rapport intime et complice avec le public. Que les émotions traversées, les sourires suscités par un humour doux, puissent prendre leur envol et leur profondeur tout au long de la pièce. Comment rester proche de l’autre face à l’immensité de l’espace qui nous entoure ?

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