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Les natures mortes tardives d’Irving Penn : quand les détritus deviennent de l’art

mer, 03/01/2018 - 12:37 -- debout
Comme le chiffonnier de Baudelaire qui trie les déchets rejetés par la ville, Irving Penn voit de la poésie dans les détritus : pris au sens large, ils constituent des témoignages indirects de l’état du monde.

Si Irving Penn est surpris par la controverse suscitée par ses cigarettes, il n’est nullement découragé, car il sait ce qu’il cherche. Son obsession des détritus et de la décomposition est trop profondément ancrée en lui pour que de mauvaises critiques l’en détournent. Il continue à ramasser, pour sa série Street Material (Objets de la rue) de 1975, l’éphémère, le rebut : gobelets en carton écrasés, boîtes de conserve, paquets de cigarettes et emballages de plats chinois.





Ce commentaire ironique sur la culture du jetable et du provisoire aux États-Unis souligne indirectement l’irresponsabilité du gouvernement et des grandes entreprises qui salissent la planète et compromettent la santé des êtres humains. En 1979-1980, il prolonge ce thème avec une série appelée Archaeology ; comme si un chiffonnier l’avait laissé faire son choix dans son sac ou si un archéologue avait partagé avec lui les fragments et les artefacts trouvés lors d’une fouille dans une décharge, il transforme en oeuvre d’art sa collection grandissante de vieille vaisselle, de morceaux de métal, de bouts d’os et de pièces de machines. Puisque la modernité a fabriqué, dédaigné puis jeté ces choses, semble suggérer Irving Penn, il ne s’agit pas seulement de détritus, mais bien d’un autre versant de notre civilisation.

Sa pratique de la nature morte, assemblée à la manière d’un puzzle en trois dimensions, est une forme de méditation créative. Irving Penn s’absorbe dans l’observation des matières, scrute les trésors qu’offrent à son imagination le cuir des chaussures, une cruche fissurée ou un pétale.



Aussi sensible à la charge émotionnelle des objets qu’à l’étincelle sensible émanant des individus, il écoute leur message et les photographie séparément ou en conversation, tels des substituts d’êtres humains. Ces assemblages sont ensuite défaits, puis minutieusement réagencés dans d’autres configurations. Les photographies figent les instants de répit dans l’activité mentale incessante d’Irving Penn. Elles pérennisent un cycle de changement perpétuel et offrent une nouvelle preuve de l’exceptionnelle fécondité de l’artiste.





Irving Penn, Grand Palais

jusqu'au 29 janvier 2018



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