L'Antiquité gréco-romaine

20 juin 2012
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Tête féminine : Hygie ? © Photo RMN - Droits réservés

Antiquité grecque

Les origines : entre cohérence et diversité
L’art grec trouve sa source dans les civilisations du monde égéen, longtemps connues à travers les seules épopées homériques (une tradition orale du IIe millénaire, fixée dans les textes vers 750 av. J.-C.). Les premières formes artistiques de l’Antiquité grecque apparaissent très tôt. Aux figurines en pierre des Cyclades (Néolithique), succèdent les fresques délicates et les arts précieux du palais de Cnossos (civilisation minoenne, du nom de Minos, roi mythique de Crête, 3500 - 1450 av. J.-C.), puis l’architecture puissante de l’appareillage cyclopéen (enceintes massives de l’époque mycénienne, 1600 - 1100 av. J.-C.).
Bien que très éclaté, le monde grec, organisé en colonies puis en cités qui se développent tout autour du bassin méditerranéen, est uni par une seule et même koine (langage artistique), que l’on retrouve décliné à travers les siècles et les régions. On distingue quatre grandes phases de l’art grec : les périodes géométrique, archaïque, classique et hellénistique.

La période géométrique
La phase géométrique (1050 - 680 av. J.-C.) correspond à une première période d’assimilation plus particulièrement tournée vers l’Orient. Essentiellement connue pour ses céramiques, cette époque est également marquée par l’adoption de l’alphabet phénicien, le travail du bronze et de l’orfèvrerie et la mise en place d’un répertoire ornemental décoratif et animalier. Mais surtout, le style géométrique introduit deux des valeurs fondamentales de l’art grec : la symétrie et l’harmonie des proportions.

La période archaïque
Néanmoins, ce n’est qu’au cours de la période archaïque (680 - 483 av. J.-C.), que se constituent les formes privilégiées de l’art qui vont structurer durablement l’ensemble de la production grecque. C’est à cette époque que la représentation de la figure humaine se codifie : elle est articulée autour du fameux couple modèle composé du Kouros (homme nu) et de la Corée (femme habillée).
Le sanctuaire est, par ailleurs, dès le VIIIe siècle av. J.-C., le lieu presque exclusif d’épanouissement de l’art. Tout entier tourné vers sa fonction religieuse, l’art grec est, en effet, profondément sacré : l’architecte, comme le sculpteur et le peintre, sont toujours au service de la vie votive (temples, frontons, portiques, trésors, monuments, offrandes etc.). Contraints par des règles strictes qui déterminent l’iconographie et la fonction des œuvres, les artisans font preuve d’une ingéniosité extraordinaire qui renouvelle sans cesse les formes et améliore les techniques. Conscients de leur acte créateur, ils sont d’ailleurs nombreux à signer leur production et bénéficient, au sein de la société, d’une position très respectable (les artisans et les bronziers sont placés sous le patronage divin d’Athéna et d’Héphaïstos).

La période classique On retient de la période classique (483 - 338 av. J.-C.) quelques grands noms, parmi lesquels : Phidias, Polyclète ou Praxitèle. Véritable âge d’or de la civilisation grecque, cette époque se caractérise par l’hégémonie d’Athènes et par un développement extraordinaire de la production artistique. De nombreux travaux sont entrepris sous Périclès, dont les plus fameux concernent la reconstruction de l’Acropole (saccagée par les Perses en 480 av. J.-C.).
Formellement, deux tendances se développent de manière parallèle. D’une part, la recherche d’une harmonie parfaite se traduit notamment par la mise en place du canon de Polyclète qui règle les proportions idéales du corps humain (en adéquation avec les sujets représentés : dieux, héros et athlètes). D’autre part, le goût pour l’illusion et la mise en concurrence de la représentation et de la réalité se lit dans la pratique très poussée de l’imitation (mimesis). Les bases du débat entre idéalisme et réalisme sont ainsi posées, tandis que le style de la sculpture évolue vers de plus en plus de maniérisme (virtuosité technique du marbre au service d’une sensualité inédite des corps).

La période hellénistique
La période hellénistique (338 - 31 av. J.-C.) poursuit cette voie et développe un art particulièrement expressif : goût pour le mouvement ; attention portée au rendu de l’émotion ; mode du drapé mouillé. Parallèlement, le monde grec subit de profondes mutations économiques et politiques : la crise des cités favorise l’émergence de nouvelles monarchies, de la conquête d’Alexandre le Grand aux royaumes des Attalides à Pergame, des Séleucides à Antioche ou des Lagides à Alexandrie. Ces transformations achèvent de séculariser l’art en lui attribuant de nouvelles fonctions : faste et décoration des palais via la peinture et la mosaïque, culte des dirigeants à travers l’art du portrait.

Au-delà du déclin, l’universalité
En 31 av. J.-C., la bataille d’Actium marque la chute du monde grec et annonce la suprématie politique et économique de Rome. Pour autant, par-delà la civilisation qui l’a vu naître, l’art grec n’a cessé depuis lors de constituer une source d’inspiration pour les artistes. De son appropriation immédiate par les Romains jusqu’aux nombreux retours au classicisme qui ponctuent l’histoire de l’art, sans oublier la Renaissance italienne, le répertoire de formes de l’antiquité grecque s’est imposé comme une référence universelle de l’art occidental.

Antiquité romaine

Les influences de l’art romain
S’il est injuste et erroné de considérer l’art romain comme un simple et pâle imitateur de l’art grec, force est de constater qu’il existe entre ces deux mondes antiques des liens de parenté évidents et revendiqués. Selon la légende, c’est Enée, fils d’Aphrodite et héros de la guerre de Troie, qui, au terme d’une longue errance en Méditerranée, s’installe dans le Latium (XIIe siècle av. J.-C.). L’un de ses descendants, Romulus, fondera Rome en 753 av. J.-C.
Plus historiquement, c’est au gré des échanges économiques, puis de l’expansion politique et militaire de l’empire en Méditerranée que s’est constituée l’identité romaine. Pour autant, l’art romain ne se limite pas à la seule appropriation des modèles grecs, mais puise aussi beaucoup de son inspiration dans l’histoire de son propre territoire (époque pré-romaine des cités italiques et du royaume étrusque), dont on conserve quelques merveilleux témoignages : sarcophages en terre cuite, orfèvrerie, peintures à fresque dans les tombes, etc….
A proprement parler, l’art romain se développe au cours de deux grandes phases correspondant à deux régimes politiques distincts : la République (509 - 31 av. J.-C.) tout d’abord, puis l’Empire (31 av. J.-C. - 476 apr. J.-C.).

L’art de la République
Au cours de la République, c’est surtout à travers le défilé triomphal des butins de guerre pris aux cités grecques vaincues que se développe le goût pour les formes helléniques. Séduits par les peintures et les sculptures grecques, les Romains s’emparent aussi bien concrètement que symboliquement d’un patrimoine riche et luxueux : la prise de guerre vaut pour une appropriation de l’esprit de l’ennemi.
Ils travaillent également à glorifier leurs victoires dans les villes en confiant à des artisans et artistes étrangers (notamment venus d’Athènes) la réalisation entière de programmes architecturaux, d’ensembles statuaires et de cycles de peinture en leur honneur (autel de Paul-Émile à Delphes). Pour les généraux, il s’agit avant tout d’inscrire dans la pierre une marque durable de leurs exploits militaires. Parallèlement, l’art privé (peintures, mosaïques, sculptures), dont la production peut être locale comme lointaine, se développe dans les milieux aristocratiques. Il vient embellir les villas des riches familles (Villa des Papyri à Herculanum).

L’art de l’Empire
Avec l’avènement de l’Empire en 27 av. J.-C., la vocation politique de l’art se perpétue, notamment à travers les représentations héroïques de l’empereur (Auguste Prima Porta). Néanmoins, la stabilité relative qui succède aux guerres civiles de la fin de la République permet d’introduire des thématiques plus pacificatrices (Ara Pacis). A Rome, la construction permanente du forum continue de doter la ville des grands monuments qui organisent la vie publique : forum, théâtre, amphithéâtre, thermes publics, tandis que se développent d’autres grands centres urbains sur le modèle du quadrillage orienté.
Au Ier siècle, une première période de troubles agite l’Empire. Au même moment, la tragique irruption du Vésuve détruit Pompéi et fige toute la ville en quelques heures seulement, offrant ainsi à la postérité un vestige archéologique tout à fait unique.
Plus tard, sous le règne d’Hadrien, l’Empire connaît une économie favorable, propice à l’épanouissement artistique (villa d’Hadrien à Tivoli) avant que les invasions barbares du IIIe siècle commencent à affaiblir progressivement la puissance romaine. La volonté impériale s’exprime alors surtout dans l’architecture des villes du monde méditerranéen jusqu’au IVe siècle, lorsque l’Empire romain est divisé en deux (Empire romain d’orient et Empire romain d’occident) et que sa conduite est confiée à quatre empereurs (c’est la tétrarchie).
Rapidement pourtant, Constantin reprend seul le pouvoir en occident et instaure la liberté de culte pour les différentes religions. Le triomphe du christianisme achève de précipiter la chute de l’Empire romain et produit un art hybride, à la fois profondément chrétien et encore emprunt de culture païenne (sarcophages mêlant mythologie gréco-romaine et références bibliques).




 


 
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