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Entrer dans l’univers de Mickalene Thomas, c’est découvrir un monde où l’amour, la beauté et la puissance des femmes noires s’imposent avec éclat. En plus de vingt ans de création, l’artiste américaine réinvente le canon de l’histoire de l’art, mêlant peinture, photographie, collage et installations immersives. Dix questions à l’artiste pour explorer son œuvre avant de visiter l’exposition All About Love au Grand Palais, jusqu’au 5 avril prochain.
L’amour joue un rôle central dans votre travail, à la fois comme moteur créatif et comme forme de résistance. Pourquoi avez-vous choisi de vous inspirer du livre All About Love de bell hooks et comment a-t-il influencé la conception de l’exposition ?
Je suis souvent inspirée par l’émancipation féminine intergénérationnelle, les autobiographies, les souvenirs et les écrits et de la pensée féministe noire. Et bell hooks, en particulier, a eu un impact profond sur moi. “All About Love”, cette exposition itinérante, s’inspire de son recueil d’essais publié en 2000.
Mon exposition explore la manière dont mon travail s’inspire de relations centrées sur la famille, l’amour, l’expression de soi, la vulnérabilité et la joie, des thématiques que bell hooks aborde dans ses essais. Comme elle, je pense que nous devrions tous trouver la force d’explorer qui nous sommes et de l’accepter pleinement. Une fois que nous y parvenons, nous atteignons un certain degré de liberté et de désinhibition qui nous permet de nous transformer.
Mickalene Thomas, A Moment’s Pleasure #2, 2008
Votre travail célèbre la beauté et la puissance des femmes noires. Dans quelle mesure le considérez-vous comme un acte de réparation ou de réappropriation ?
En tant qu’artiste, j’ai la possibilité de bouleverser radicalement les récits pour les générations actuelles et futures. J’utilise mon travail, qui porte sur la revendication d’espace par les femmes noires, pour dépeindre leur beauté, leur féminité, leur désir et leur puissance comme moyen de libérer l’oppression culturelle et la marginalisation. Je souhaite rendre l’identité queer et la féminité noires plus visibles et je crois qu'il est possible d'y parvenir grâce à ma pratique, à la fois comme acte de réparation et de revendication.
Comment choisissez-vous les femmes que vous représentez et quel type de lien personnel ou émotionnel avez-vous avec elles ?
Ma mère, Sandara Bush, a été l’une de mes premières muses. Je voulais la représenter exactement telle que je la voyais : une femme noire digne et puissante. Mon objectif était que les autres voient la beauté et la force qu’elle - et que toutes les femmes noires - possède. Aujourd’hui, mes sujets vont de mes amies et ma famille, à mes amours et des figures culturelles que j’admire. Avec chaque sujet, j’explore le plaisir, l’amour et la joie, et je crée des récits idéalisés basés sur des souvenirs de désir. Je souhaite montrer que la beauté intérieure, le charme et la sexualité de mes sujets ne sont pas imposés de l’extérieur mais qu’ils sont inhérents à chacun et doivent être célébrés selon leurs propres termes. Je veux continuer à créer des œuvres qui ressemblent aux femmes noires.
Mickalene Thomas, Déjeuner sur l’herbe: Three Black Women, 2010
Vous revisitez des chefs-d’œuvre de Matisse et Manet. Qu’est-ce qui vous attire dans ces dialogues avec le canon de l’art occidental ?
Je revisite avec humour les œuvres de nombreux artistes, mais je fais principalement référence à Édouard Manet et Henri Matisse, qui rappellent et encadrent le canon artistique occidental dominant. J’insère des femmes noires à des positions initialement occupées par des personnages blancs, comme moyen d’ouvrir, d’écire, d’amorcer de nouveaux récits sur l’identité, la représentation et de revendiquer le regard féminin noir. Par exemple, dans Le déjeuner sur l’herbe : les trois femmes noires, qui était ma plus grande œuvre à l’époque et commandée par le MoMa pour le restaurant Modern, j’ai recréé Le Déjeuner sur l’herbe de Manet pour remettre en question les notions originales de beauté et d’identité. Dans ma version, trois femmes noires sûres d'elles sont placées au centre, avec un regard résilient fixé sur le spectateur. Elles occupent littéralement et figurativement, symboliquement l’espace.
Votre travail mêle peinture, collage, photographie, vidéo et installation. Dans vos collages, vous rassemblez des images, parfois issues d’archives. Qu’est-ce qui vous attire dans ces fragments ? Lorsque vous les assemblez, cherchez-vous à documenter le monde ou à en proposer une réinterprétation ?
J’utilise diverses techniques pour déconstruire les notions occidentales de la beauté. Les outils que j’emploie me permettent de créer des œuvres qui expriment authentiquement mon langage créatif. Ma technique est superposée et complexe. Même lorsque j’utilise mes propres photographies ou des archives, j’explore les nuances des matériaux pour réimaginer l’image. Le recours à la sérigraphie et au collage permet une intégration ludique et disruptive de la peinture et de la photographie, et l’ajout de strass crée un sentiment de plaisir, de séduction et de lumière. Le collage est un moyen complexe de découverte et d’exploration pour toutes mes idées, ainsi qu’une façon d’apprendre et de désapprendre des systèmes. Il m’aide à structurer et à donner du sens à ma composition et au récit qui entoure l’œuvre. Cette technique me permet d’éditer et de reconstruire les couches jusqu’à atteindre l’idée centrale.
Mickalene Thomas, November 1950, 2021
Le vinyle, les strass, les tissus et la peinture composent vos œuvres. Quel symbolisme attribuez-vous à ces matériaux, en particulier aux surfaces réfléchissantes, miroirs et aux strass ? Sont-ils un moyen d’engager le spectateur, de le faire "réfléchir" au sens propre comme au figuré ?
Je trouve ces matériaux provocateurs et audacieux, associés à l’usage de couleurs riches et vibrantes. Ils instaurent le ton du jeu psychologique, du rythme et de la magie que je communique. Mon travail est exubérant, avec des signifiants portant des messages importants, codés dans de nouvelles narrations, célébrant les femmes noires qui revendiquent leur espace et embrassent leur beauté, féminité et pouvoir. À travers mes nombreux matériaux, je capte la force, la vulnérabilité et la sensualité de mes sujets. Les touches réfléchissantes et colorées attirent davantage l’attention sur la beauté, l’essence et l’élégance des corps noirs que je représente. En juxtaposant différents éléments, je crée de nouveaux dialogues et remets en question les représentations traditionnelles des femmes, libérant l’oppression culturelle et la marginalisation de manière mémorable.
Comment avez-vous conçu la scénographie de cette rétrospective ? Cherchiez-vous une narration chronologique ou plutôt une expérience sensorielle pour le visiteur ?
L’exposition présente des œuvres réalisées au cours des vingt dernières années de ma carrière. Il s'agit non seulement d'une étape importante pour moi, puisqu'il s'agit de ma première grande exposition internationale, mais aussi d'une expérience profondément personnelle. Le parcours est organisé en chapitres thématiques, utilisant la température, le temps, le son, la couleur, l’échelle et le rythme pour orchestrer l’expérience immersive du spectateur. Il ne s'agit en aucun cas d'un récit chronologique. À certains moments, des œuvres récentes dialoguent avec des pièces plus anciennes afin de montrer comment je revisite, révise et approfondis les sujets au fil du temps.
Les peintures, collages, photographies, vidéos performatives et installations in situ issues de collections publiques et privées sont disposés de manière à mettre en valeur ma pratique itérative, à offrir un regard approfondi de certaines muses récurrentes dans mon oeuvre et de mettre en lumière mon dialogue continu avec des œuvres canoniques de Bearden, Warhol, Ringgold, Monet, Picasso ou Courbet, pour n’en citer que quelques-uns. Ce n’est pas une rétrospective, mais un portail vers mon univers où l’amour règne en maître. Il faudrait un espace beaucoup plus grand pour présenter l’ensemble de mon travail de manière exhaustive.
Mickalene Thomas, Untitled #10, 2014
Votre travail est souvent comparé au Pop Art. Que pensez-vous de cette comparaison ? En quoi l’approche des artistes de ce mouvement se rapproche-t-elle de la vôtre ?
Mon usage audacieux de la couleur, des motifs et de la luminosité est lié au Pop Art, qui s’inspire de la culture Noire. Mais ce qui distingue mon travail du Pop Art classique, c’est que les femmes noires y occupent le rôle central. Je m'inspire de la culture pop pour créer de nouveaux récits et initier une réflexion approfondie sur l’histoire de l’art, dont les femmes noires ont été écartées. Parmi les artistes pop, le travail de Wesselmann et Warhol m’a particulièrement marquée. Pour Wesselmann, j’étais d’abord attirée par ses nus américains et ses couleurs vives et plates. Ces éléments résonnaient avec mes expérimentations autour de la fragmentation et du corps, à l’époque. Pour Warhol, ce sont ses portraits d’icônes / de visages célèbres qui m’ont inspirée, notamment pour mes méthodes et ma pratique de la sérigraphie.
Si votre travail pouvait se traduire en musique, quel genre ou quel rythme aurait-il ?
Si mon oeuvre était un son, il serait stratifié et sans concession. Elle bougerait comme du jazz et du funk entremêlés de hip-hop : improvisée, rythmée et profondément ancrée dans la mémoire culturelle noire. Il y aurait une ligne de basse stable tenant l’ensemble, comme une résilience, tandis que des accents aigus frapperaient de manière inattendue, comme des strass captant la lumière. Le rythme serait sensuel mais provocateur, avec des grooves lents qui vous invitent à entrer, puis des syncopes soudaines rappelant que l’on est défié et non conforté. Une musique de fond qui vous suit dans vos rêves et exige présence, confiance et résilience.
L'exposition en une phrase ?
L'amour comme un changement silencieux, le sentiment que quelque chose de petit mais de fondamental a changé dans votre façon de voir le monde.
Quelques mots sur la démarche créative de Mickalene Thomas
Mickalene Thomas a construit une œuvre centrée sur la visibilité et la puissance des femmes noires, remettant en question les conventions de l’histoire de l’art. À travers la peinture, la photographie et l’installation, elle utilise des matériaux audacieux et des références artistiques pour affirmer le plaisir, l’autonomie et l’identité de ses sujets, les plaçant toujours au centre de la représentation. Un tournant majeur dans son parcours survient en 1994 à Portland, dans l’Oregon, lorsqu’elle découvre les Kitchen Table Series de Carrie Mae Weems au Portland Art Museum. Pour Thomas, c’est la première fois qu’elle voit le travail d’une artiste noire qui semble "la voir" elle, ses racines et son histoire. Cette rencontre avec une narration intime et affirmée lui ouvre la voie : elle comprend que sa propre perspective, celle d’une femme noire, est légitime et essentielle dans la création artistique. Cette expérience marque le début de sa démarche créative, où représenter des Noirs devient un acte conscient de narration et d’affirmation culturelle, plutôt que de simple observation.
Mickalene Thomas, Afro Goddess Looking Forward, 2015
Expositions
All About Love
17 décembre 2025 - 5 avril 2026
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Voir le contenu : L’amour comme résistance : quand Mickalene Thomas fait du sentiment un acte politique
Mickalene Thomas, Guernica Detail (Resist #7), 2021
Article -
Au Grand Palais, Mickalene Thomas célèbre l’amour comme une force vive avec “All About Love”. Une exposition qui mêle engagement, mémoire et joie pour rappeler que créer, aimer et résister peuvent aller de pair.
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Mickalene Thomas, Afro Goddess Looking Forward, 2015
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C’est aujourd’hui ! L’exposition All About Love ouvre ses portes. Portraits flamboyants, corps affirmés, féminité : Mickalene Thomas célèbre la beauté des femmes noires au Grand Palais. Une rétrospective joyeuse et engagée, à découvrir jusqu’au 5 avril...