Votre panier est vide
Besoin d'inspiration ?
Rendez-vous dans le programme en ligne du GrandPalais
Article -
Alaa El Aswany est un écrivain égyptien (L'Immeuble Yacoubian, 2006). Il revient sur les liens complexes entre l’Égypte et Napoléon, sur le rôle contesté d’un personnage colonisateur pour certains, civilisateur pour d’autres. Et qui ferait un passionnant héros de roman.
- Manifesto, une carte blanche au journal AOC -
Par Raphaël Bourgois, rédacteur en chef d’AOC
Que représente Napoléon Bonaparte dans l'imaginaire égyptien ?
L'influence de Napoléon sur la culture égyptienne a été très profonde, et il garde une place importante dans notre imaginaire, même si c'est une place ambigüe. Car la venue de Bonaparte en Égypte en 1798 n’a pas pour but de propager les valeurs des Lumières, c'est une expédition de nature coloniale. Pourtant, la philosophie qui, en France, a porté la Révolution s’est diffusée presque malgré lui, puisque comme on le sait de nombreux savants accompagnaient les militaires. La loi égyptienne reste d’ailleurs influencée par Napoléon. Avant son arrivée, une loi religieuse prévalait, appliquée par les juges ottomans ; après son passage, une loi civile va s’imposer. Mais c'est très dur de tenir ce discours un peu équilibré, car il y a toujours un affrontement entre ceux qui disent que Napoléon a apporté les Lumières en Égypte – ce qui n'est pas tout à fait vrai à mon avis – et ceux qui ne voient en lui qu’un occupant comme les Anglais ou les Ottomans, qui n'aurait eu aucune action bénéfique. La vérité est entre les deux, comme le montre très bien le film du grand réalisateur égyptien Youssef Chahine, Adieu Bonaparte (1985) : il vient en Égypte dans le cadre d'un conflit qui oppose la France révolutionnaire à l'Angleterre, c'est indéniable, mais il permet aussi au pays de se défaire de la paralysie imposée par les Ottomans et les Mamelouks. Il a ouvert une fenêtre qui a permis aux Égyptiens de revoir le monde. On peut le lire dans les lettres qu'il leur a écrit, très intéressantes car elles montrent qu'il avait vraiment réussi à comprendre la mentalité du pays. Il parle par exemple d'une manière positive de l'Islam, et négative des Mamelouks, des Turcs, qui sont une force d’occupation. Il y a une forme de génie dans ces lettres.
En tant qu'écrivain du quotidien, de la grande histoire qui rencontre la petite, ce personnage de Napoléon pourrait-il vous intéresser ?
C'est un personnage totalement romanesque, qui n'était pas religieux mais croyait en son destin, en sa bonne étoile, ce qui lui donne cette force incroyable. Il est très intéressant pour le romancier que je suis, par cette force et ce destin qui en font bien plus qu'un simple dictateur. Il est beaucoup plus complexe, contradictoire comme le montre par exemple la relation qu'il noue avec les cheikhs, qui sont les grands bourgeois de l'époque. Il comprend qu'ils ont des intérêts à défendre, et il saura en jouer. Ce sont finalement les étudiants qui lanceront la révolte contre la présence française. Un autre point qui m'intéresse, c'est le charisme incroyable du personnage. On raconte que les autres généraux révolutionnaires le critiquaient dans son dos, mais que tous se taisaient dès lors qu'il rentrait dans la pièce. Dans mon livre Le Syndrome de la dictature (Actes Sud, 2020), c'est quelque chose qui m'a beaucoup intéressé, ce moment où un individu devient tellement fort, trop fort pour les autres, qu'ils n'ont d'autres choix que de se ranger derrière lui.
Mais est-il un dictateur comme les autres, comme ceux que vous décrivez dans cet ouvrage ?
Non, je n'ai pas parlé de Napoléon dans ce livre car il n'est pas seulement un dictateur, à la différence du maréchal al-Sissi par exemple. Ce qui le différencie, c'est qu'il porte une vision. Ce n'est pas seulement un militaire qui fait un coup d'État pour s'emparer du pouvoir. Il faut se débarrasser des querelles, des sentiments qui font justement qu'en Égypte certains voient dans Napoléon un précurseur de Sissi, un militaire qui met fin à une révolution par un coup d'État. Il y une expérience humaine profonde, qu'il nous faut comprendre. Si le personnage continue de faire débat jusqu'à aujourd'hui, c'est principalement à cause des islamistes qui font des parallèles grossiers entre les époques et rejettent en bloc tout ce qui vient de l'Occident comme ennemi de l'islam. Cela rend impossible de faire admettre une influence positive de Napoléon, pourtant bien réelle.
Alaa El Aswany
Révélé par son premier roman L'Immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006), Alaa El Aswany est un écrivain égyptien né en 1957. Il est traduit en une trentaine de langues et a reçu une quinzaine de prix littéraires. Romancier, chroniqueur, essayiste, il a pris une part active lors des printemps arabes en s’engageant pour la démocratie. Alaa El Aswany vit désormais aux États-Unis, où il enseigne la littérature.
Votre panier est vide
Besoin d'inspiration ?
Rendez-vous dans le programme en ligne du GrandPalais
Voir le contenu : Nan Goldin cinéphile, par Alice Leroy
French Chris at the Drive-in, N.J, 1979
Article -
À l’occasion de l’exposition consacrée à Nan Goldin au Grand Palais jusqu’au 21 juin 2026, Alice Leroy, enseignante-chercheuse et critique de cinéma, propose une série de textes explorant son œuvre à travers le prisme du cinéma. Aujourd'hui, elle revient sur la cinéphilie de Nan Goldin, de ses découvertes du cinéma underground aux grandes figures hollywoodiennes, et montre comment cet amour éclectique des films compose une histoire intime du cinéma qui irrigue profondément son travail.
Voir le contenu : Hilma af Klint : une exposition exceptionnelle dévoilée par son commissaire, en vidéo
Article -
Voir le contenu : Electro, techno et DJ sets sous la verrière : réservez vos nuits After Nef pour cet été !
After Nef, CHLOÉ
Article -
À la nuit tombée, la verrière du Grand Palais d'été se transforme en club éphémère : réservez vos places pour les soirées After Nef ! Elles prolongent les spectacles de la journée et font durer l’expérience jusque tard dans la nuit avec des DJ sets...