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Les "Intérieurs de Vence" : le dernier grand souffle de Matisse

visuel d'oeuvre de Matisse, Intérieur à la fougère noire
Fondation Beyeler, Riehen/Basel, collection Beyeler / Photo : Robert Bayer

Henri Matisse, Intérieur à la fougère noire, 1948 Huile sur toile, 116,5 x 89,5 cm

À la fin de sa vie, Henri Matisse peint les Intérieurs de Vence, une série lumineuse et profondément intime. Réalisées entre 1946 et 1948, ces œuvres révèlent un artiste en quête de liberté gestuelle et de simplification. Onze tableaux sont réunis exceptionnellement dans l’exposition Matisse, 1941-1954 à voir en ce moment au Grand Palais.

Peinte entre 1946 et 1948, la série des Intérieurs de Vence ressemble à un adieu à la peinture. Dans ces œuvres lumineuses et intimes, Henri Matisse revisite ses motifs avec une liberté nouvelle : les couleurs débordent, les formes s’allègent, l’espace semble vibrer. 

Onze de ces tableaux sont réunis exceptionnellement dans l’exposition Matisse, 1941-1954, présentée en ce moment au Grand Palais. Parmi eux figure notamment Branche de prunier, fond vert, une œuvre rarement montrée en France jusqu’ici.

Les Intérieurs de Vence frappent par leurs ressemblances : mêmes fenêtres, mêmes objets, mêmes compositions qui reviennent d’un tableau à l’autre. Cette répétition n’est pas un hasard. Elle révèle une méthode de travail essentielle chez Matisse dans les années 1940. Claudine Grammont, commissaire de l’exposition, explique :

Les Intérieurs de Vence sont peints de manière sérielle, c’est-à-dire en reprenant à peu près tous la même composition. [...] La répétition du même crée une forme d’automatisme gestuel qui a toujours intéressé Matisse dans sa pratique

Claudine Grammont, Cheffe de service, Cabinet d’art graphique, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne

Pour l’artiste, répéter un motif permet de dépasser la simple représentation. À force de refaire le même geste, la main se libère du savoir académique et trouve une forme plus instinctive, presque intérieure. Cette recherche traverse toute la fin de son œuvre. 

Dans ses dessins, Matisse distingue ainsi le dessin "thème" du dessin "variation", fondé sur la répétition et les écarts subtils. Les gouaches découpées fonctionnent elles aussi selon ce principe : feuilles, algues ou formes végétales y sont reprises inlassablement. 

Au même moment, Matisse travaille également aux décors de la chapelle du Rosaire de Vence. Pour dessiner saint Dominique, il répète la figure des centaines de fois dans ses carnets, jusqu’à connaître parfaitement le geste nécessaire à son tracé. "Il a intériorisé la figure, non pas son image, mais le geste et le tracé qui lui correspondent", résume Claudine Grammont. 

Avec les Intérieurs de Vence, Matisse ne cherche donc plus seulement à peindre ce qu’il voit. Il cherche un rythme, une sensation, une mémoire du geste. Une exposition à voir au Grand Palais jusqu’au 26 juillet 2026 !

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