Découvre ROUGE. Art et utopie au pays des soviets

LA RÉVOLUTION RUSSE
L'ART DANS LA VIE
LE RÉALISME SOCIALISTE
1 mars 2019
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L'EXPOSITION « ROUGE » TE PROPOSE DE DÉCOUVRIR L'ART RUSSE COMMUNISTE DE 1917 À 1953, DE LA PRISE DU POUVOIR PAR LES RÉVOLUTIONNAIRES BOLCHÉVIKS MENÉS PAR LÉNINE ET TROTSKI (LE 17 OCTOBRE 1917) À LA MORT DE JOSEPH STALINE.
 

 

etoile-rougeUN PEU DE GÉOGRAPHIE: OÙ ÇA SE PASSE?
etoile-rougeUN PEU D'HISTOIRE: EN QUELQUES ÉTAPES, LA RÉVOLUTION RUSSE, QU'EST-CE QUE C'EST ?
etoile-rougeL'EXPOSITION ROUGE:
1917-1928- L'ART DANS LA VIE 
1930-1953- LE RÉALISME SOCIALISTE
 


etoile-rougeUN PEU DE GÉOGRAPHIE: OÙ ÇA SE PASSE?

Géolocalisation de l'URSS (1922-1991)

géolocalisation de l'URSS (1922-1991)


etoile-rougeUN PEU D'HISTOIRE: EN QUELQUES ÉTAPES, LA RÉVOLUTION RUSSE, QU'EST-CE QUE C'EST ?

ÉTAPE 1 - Pour comprendre la révolution russe de 1917, il faut remonter en 1905… Suivons les soviets et les bolcheviks…

Soldats armée impériale tirent sur des manifestants
Dimanche rouge, Saint-Pétersbourg 19 janvier 1905, Devant le Palais d'hiver : les soldats de l'armée impériale tirent sur des manifestants. Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

La première révolution russe date de 1905. Toutes les couches de la société russe contestent l'autocratie du Tsar (dynastie des Romanov): nobles, ouvriers, paysans (dimanche rouge), militaires (mutinerie du Potemkine) manifestent ou se révoltent.
Des soviets (conseils – assemblées élues représentant le peuple travailleur et les combattants) se mettent en place chez les marins, les ouvriers. Ils s'organisent contre le pouvoir. 

Cette révolution débouche sur la fin de la monarchie absolue et donne naissance à une monarchie constitutionnelle. 
Une chambre basse (chambre de députés) est créée: la Douma impériale constituée de représentants provenants de différents partis politiques:
-Conservateurs, Octobristes, parti constitutionnel démocratique, parti progressiste, Parti du centre, Nationalistes, groupe national non-russe,
-Parti ouvrier social-démocrate de Russie (mencheviks/bolcheviks), Parti du travail, Parti socialiste révolutionnaire).


ÉTAPE 2 - 1914-1917, trois années de guerre affaiblissent le pouvoir et épuisent le peuple. 
La première guerre mondiale prépare la seconde révolution russe de 1917. 


Dès 1914, ​​​​la grande guerre (1914-1918) éclate et commence à créer des pénuries alimentaires et une montée des prix. La faiblesse du Tsar et l'inaction de ses ministres, le blocus économique, le manque de transports (trains), les licenciements d’ouvriers, poussent les citoyens russes à s’organiser en associations. Ils prennent en main les urgences de la vie quotidienne comme le ravitaillement des villes, les soins, etc.

ÉTAPE 3 -  le 2 mars 1917, tout bascule : fin de la dynastie des Romanov et montée des bolcheviks.

Les grands bouleversements déclenchés par la guerre provoquent des soulèvements dans toutes les classes de la population russe. Manifestations et grèves s’amplifient en février 1917. La mutinerie de régiments d’élite—suite au massacre, par les cosaques, de 150 manifestants, leurs « frères ouvriers »— va être l’événement déclencheur du basculement.
Ouvriers et militaires fraternisent et mènent la mutinerie sans leader révolutionnaire, mais forment un soviet et renversent le pouvoir en place: l’Empereur Nicolas II abdique le 2 mars.

C'est la fin de la dynastie des Romanov et  la fin du pouvoir des tsars de Russie.

Deux comités se mettent en place pour former un gouvernement provisoire.  Il s’engage dans un vaste programme de réformes démocratiques.
Un comité exécutif provisoire de 50 militants ouvriers (bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires et travaillistes) crée un soviet (assemblée) de 600 ouvriers et soldats de Petrograd. 
Un comité provisoire de députés issus de la Douma (Assemblée législative de l’empire russe instauré par l’empereur Nicolas II suite à la révolution russe de 1905) pour le rétablissement de l’ordre et le retour des soldats mutinés.

Mais ces réformes ne suffisent pas et la question de la guerre oppose le gouvernement provisoire et le soviet. Le premier souhaite continuer la guerre, le second souhaite la paix.

ÉTAPE 4 - avril 1917, Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924) (principal dirigeant des bolchéviks) revient d'exil  à Petrograd où il présente ses Thèses d'avril : un programme contre la poursuite de la guerre et contre le gouvernement provisoire et pour «Tout le pouvoir aux soviets».

A son retour de l'exil, Lénine arrive dans la Gare de Finlande à Pétrograd
Anonyme, Arrivée de Lénine en Russie, le 3 avril 1917 à Pétrograd, de nuit. Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK
Manifestations russes en faveur de la Paix, à Bacàu, au mois de Mai 1917 Anonyme
Anonyme, Manifestations russes en faveur de la Paix, à Bacàu, au mois de Mai 1917. Photo © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

Le plan de paix échoue, la guerre se poursuit sur le front germano-russe. L'Empire germanique avance de 100 à 200 kilomètres sur le territoire Russe.

En 18 juin 1917,  devant les défaites et les échecs du gouvernement provisoire, le soviet de Petrograd organise une manifestation pour soutenir sa politique de paix. Les bolcheviks montent en puissance dans la capitale. De violents incidents entre socialistes modérés et bolcheviks provoquent la division des révolutionnaires russes.

Été de 1917, la Russie sombre peu à peu dans l'anarchie.
La guerre provoque chômage, inflation, problèmes de ravitaillement. Les villes vivent difficilement et dans les campagnes, les révoltes de paysans (jacqueries) se multiplient. Mutineries et désertions de soldats affaiblissent l'armée. C'est une faillite politique, économique et sociale.
Lénine fuit en finlande et prépare le coup d'État militaire et la prise du pouvoir par les bolcheviks.
 

 16-516280 Des Soldats révolutionnaires devant l' Institut Smolny, le quartier général des bolcheviks AnonymeAllemagne, Berlin, BPK
Anonyme, octobre-novembre 1917, "Des Soldats révolutionnaires devant l' Institut Smolny, le quartier général des bolcheviks". Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK
 

ÉTAPE 5 - Le 9 septembre 1917, Trotski et Lénine organisent le coup d'état,
Léon Trotski est élu à la tête du comité exécutif du soviet de Petrograd. 
Début d'octobre, Lénine revient clandestinement à Pétrograd.
Le 10 octobre, après dix heures de discussions, il parvient à convaincre la majorité des membres du comité central de la nécessité d'une insurrection armée, dont le principe est approuvé par dix voix contre deux.
Sous le couvert du soviet, l'organe le plus populaire auprès des masses, les bolcheviks dirigeront leur coup d'État. Le scénario est prêt, l'insurrection imminente.

16 octobre, un comité central appelle à l'insurrection. Ce même jour, le président du soviet de Petrograd, Trotski, met sur pied un Comité militaire révolutionnaire de Petrograd, infiltré par les bolcheviks.



Mais les bolcheviks vont-ils guider les masses ou les écraser ?
Ce tableau de Koustodiev laisse planer cette ambiguïté.

 

Le Bolchévik Kustodiev Boris Mihajlovic (1878-1927), Le Bolchevik
Boris Koustodiev : Le Bolchevik, 1920; huile sur toile, 101 × 140,5 cm. Moscou, Galerie nationale Tretiakov

 


 etoile-rouge2 PARTIES = 2 PÉRIODES = 2 HISTOIRES D'ART EN URSS

L'exposition est organisée en deux parties correspondant à deux périodes:

La première, intitulée L’art dans la vie propose de découvrir l'art de la propagande, l'art constructiviste et productiviste des années 1918 à 1929. Les bolcheviks donnent carte blanche aux artistes de l'avant-garde communistes. Le pluralisme est au sein du parti communisme et correspond à un pluralisme dans l'art. Plusieurs groupes artistiques cherchent à créer un art du socialisme. 
Pendant cette période, les artistes veulent produire un idéal : la fusion de la vie et de l'art, un art dans la vie.

La seconde partie commence au début des années 1930. Le régime politique communiste se durcit. Joseph Staline dirige URSS, il monte un plan quinquennal et impose Le Réalisme socialiste.
L’art devient un art d’état où la figuration picturale reprend une place importante pour redonner des modèles au peuple qui redevient un spectateur passif.

En parallèle à ces deux histoires, d'autres artistes russes travaillent dans leur espace privé et ne participent pas à cet art politique.
L'exposition n'est pas un panorama de l'art russe de ces 36 années. Son but est de montrer comment le communisme à engendrer des formes d'art en URSS durant cette période stupéfiante! 


 etoile-rouge1917-1928- L'ART DANS LA VIE 

1-MOBILISER LES MASSES: agitation et propagande (l'Agit-prop)
Au lendemain de la révolution d'Octobre, une guerre civile éclate et est sanglante. Les bolcheviks doivent s'imposer sur toute la Russie. Ils mettent en œuvre des activités de propagande.

En 1917, plus de 80% de la population ne sait ni lire ni écrire. L'image permet de diffuser les nouvelles idées plus facilement. Les artistes de l'avant-garde vont aider les bolcheviks dans cette tache. Ils créent des supports d'agitation et de propagande. Les images qu'ils créent sont diffusées à travers toute l'URSS.

Agit-prop est un acronyme pour «Agitation-Propagande» qui désignait le Département pour l'agitation et la propagande, organe du parti communiste de l'Union soviétique. 
L'Agitation était une communication destinée vers un grand nombre de personnes, la Propagande était une communication vers un petit nombre de personnes. 

-Les fenêtres ROSTA
Les artistes produisaient des affiches pour la ROSTA.
La ROSTA était une agence de presse russe qui diffusait des informations. Les artistes de avant-garde les traduisaient en images peintes à l'aide de pochoirs .
On  appelait ces affiches des «Fenêtres» car elles étaient placardées sur les vitrines des magasins abandonnés.
Elles étaient produites et diffuser à un rythme rapide, celui de la révolution, et auprès des 150 millions de Russes. Leurs messages étaient des messages chocs, courts sous forme de vers ou de refrains…
Vladimir Maïakovski était le grand poète et artiste chargé d'imaginer ces phrases.
 

Vladimir Maïakovski (1893-1930):  Le Travailleur conscient, 1920-1921 ;
Vladimir Maïakovski (1893-1930): 
Le Travailleur conscient, 1920-1921 ; pochoir pour les affiches Fenêtres ROSTA ; peinture sur papier, 42 × 24,5 cm. Moscou, Musée d’État d’histoire de la littérature russe Vladimir Dahl
© Vladimir Dahl Rsussian State Literary Museum, Moscow
Vladimir Maïakovski  (1893-1930) Affiche Fenêtre ROSTA no 314, 1920 ;
Vladimir Maïakovski  (1893-1930), Affiche Fenêtre ROSTA no 314, 1920 ; 

< À gauche, une affiche ROSTA. Son titre écrit en caractère cyrillique «Tolko ne vospomi-nanïa» signifie  «Tout sauf des souvenirs».Elle a été réalisée par Vladimir Maïakovski. 
Tu peux y voir un homme communiste, en rouge. Il interpelle une personne qui «végète dans la vase bourgeoise». Il lui dit que son seul salut est dans le communisme.  Il lui tend une échelle pour en sortir et le rejoindre.

>À droite, un exemple de pochoir réaliser par Maïakovski . 
Il imaginait plusieurs modèles: l’ouvrier, le garde de l’Armée rouge, le paysan, le capitaliste, le pope et le koulak (riche paysan sous les tsars).
Quelques couleurs seulement étaient utilisées : le rouge, le jaune, le bleu, le vert.
Le pochoir permettait de réaliser rapidement ces affiches et en quantité suffisante, de 100 à 300 exemplaires. 

Maïakovski  déclarait  «Les murs sont nos pinceaux, les places sont nos palettes» pour signifier que l'art doit être dans la rue, pour le plus grand nombre et ne doit plus être dans les milieux privés bourgeois.


Pourquoi les rouge est-il la couleur de la révolution ? 


-Les trains d'agitation
Pour soutenir la révolution d’Octobre, les bolcheviks devaient aller plus vite, s'adresser au plus grand nombre et dans un pays vaste. 
Au début de la révolution, le Comité exécutif central panrusse (VTslK) invente les trains d'agitation ou trains d'Agit-prop (pour Agitation-propagande).
Ces trains sont décorés de grandes affiches illustrées pour diffuser des messages.
Ils hébergent club, journal, salle de cinéma, théâtre et bibliothèque, magasin et tribune d'orateur montée sur roues. 

Ci-dessous, tu peux voir un projet pour le décor d'un de ces trains. 

Train d'agit-prop
Nikolaï LAKOV (1894-1970), Esquisses pour décoration de wagon d'agit-train "l'éducation est la base de la liberté », 1919-1920. Aquarelle, crayon de graphite sur papier; 15,4 x 45 cm. Collection de la Galerie nationale Trétiakov, Moscou
Train de propagande
Dziga Vertov : Kino-Nedelia, le train de propagande V. I. Lénine no 1, 24 septembre 1918, no 17. Copenhague, Danish Film Institute


Les trains d'Agit-prop (agitation-propagande) font 19 trajets à travers le pays en 2 ans, d’Odessa à Irkoutsk, et de Vologda à Bakou pour réunifier les régions et diffuser auprès du peuple les bases culturelles de la révolution d'Octobre 1917. 
En 1926, plus de 50% de la population des plus de 18 ans était encore analphabète (1er recensement soviétique), ce qui explique la diffusion par l'image des messages du pouvoir.
 

-Les actions de masses
Dans les villes, de grandes actions de masse sont organisées suivant les grandes célébrations du «calendrier rouge» qui fête les grands moments du communisme : le 1er mai (fête du travail), le jour de la révolution d'octobre (ci-dessous la Prise du palais d'Hiver). À l'occasion de ces fêtes, les artistes de l'avant-garde réalisent des peintures gigantesques pour décorer les murs des bâtiments que tout le monde peut voir.

EVREINOV Nikolaï, La prise du Palais d'Hiver
Boulla Frères : spectacle La Prise du palais d’Hiver, fragment de scène de masse : le gouvernement provisoire, 7 novembre 1920 ; tirage photographique, 10,9 × 15,3 cm Saint-Pétersbourg, Musée d’État du théâtre  
et de la musique de Saint-Pétersbourg



Cette photographie a été prise à l'occasion d'une de ces actions de masses. 
Le spectacle se joue en plein-air. Il commémore, en  falsifiant les faits, la Prise du palais d'Hiver d'octobre 1917.
Il y a eu 8000 participants et 60 000 spectateurs.

Les décors de ces spectacles, et les décors urbains, sont le fruit d'une collaboration avec des « artistes de gauche », comme Natan Altman, Youri Annenkov, Kouzma Petrov-Vodkine, Marc Chagall, Kazimir Malévitc



 

 

2- LE CONSTRUCTIVISME : c'est un mouvement qui, rejetant la peinture comme médium, est poussé à trouver d'autres moyens d'expression. Pour les constructivistes l'art doit être nécessaire et doit participer à un nouveau mode de vie. 

Les artistes de l’avant-garde russe s’organisent en groupes. De nouvelles formes artistiques sont imaginées pour «construire», «produire» des œuvres pour la collectivité. 

Les constructivistes s’engagent pour ce nouveau mode de vie communiste. Ils ont un idéal : la fusion de la vie et de l’art, c’est-à-dire mettre «l’art dans la vie» des gens. Plus de peintures sur chevalet cachées dans les demeures bourgeoises. Mais des œuvres accessibles à tous, des œuvres utiles.
Surtout, ils souhaitent redonner aux hommes et aux femmes une part d’activité: reprendre en main leur destin à travers de nouveaux objets.

-La Tour de Tatline «Ni vers l'ancien, ni vers le nouveau mais vers le nécessaire».

La tour de Tatline pour la 3e Internationale est une œuvre restée à l'état de projet. Elle est imaginée par Vladimir Tatline* (1885-1953) comme un monument à la 3e Internationale et devait mesurer 400 m de haut (plus haute que la Tour Eiffel). Elle constituée d'une double hélice qui symbolise le mouvement révolutionnaire. Elle symbolise aussi l’alliance entre communisme et technologie. La tour de Tatline est un cliché du modernisme.
*Vladimir Tatline est le fondateur du constructivisme russe, un art qui souhaite construire un monde nouveau.

Manifestation sur la place Uritsky à Leningrad, le 1er mai 1925  Tirage photographique, 30x40 cm © Multimedia Art Museum, Moscow
Manifestation sur la place Uritsky à Leningrad, le 1er mai 1925. Tirage photographique, 30x40 cm © Multimedia Art Museum, Moscow
Vladimir Tatline (1885-1953) Maquette du Monument à la IIIe Internationale communiste, 1919.
Vladimir Tatline (1885-1953)
Maquette du Monument à la IIIe Internationale communiste, 1919. 
Reconstitution de D. G. Dimakov, E. G. Lapchina et I. N. Fedotiv (école des Beaux-Arts K. A. Savitski de Penza, Gorki, 1986-1987) ;  bois, carton, papier, assemblage et peinture, 92 × 65 × 68 cm
Moscou, Musée d’État et Centre d’exposition ROSIZO


<La maquette que tu vois ici est une reconstitution de ce projet architectural.

Cette photographie, à droite, nous montre une procession avec le «Monument à la troisième internationale de Tatline», à l'occasion d'une manifestation du 1er mai.>

À quoi devait servir cette tour ? Malgré sa forme compliquée, la tour devait être utile, liant ainsi forme et fonction. 
-le cube du bas devait tourner sur lui-même et devait servir de salle de conférence;
-le triangle du centre devait abriter les activités du pouvoir exécutif;
-le sommet conique devait loger radio, télégraphe et haut-parleur pour diffuser les décisions de l'exécutif;
Elle devait être équipée d'un écran géant et d'un projecteur pour afficher les informations dans les nuages. 

-Les constructivistes abandonnent la peinture en 1921 et s'intéressent à d'autres formes artistiques, plus proches de la production : le théâtre, le design (textile et mobilier), l'architecture et les arts imprimés. Les constructivistes s'inscrivent dans un art productiviste.

Ceux de l'avant-garde (Lioubov Popova, Alexandre Rodtchenko, Varvara Stepanova…) effectuent leurs recherches et forment d'autres artistes dans les Vkhoutémas (Ateliers supérieurs d’art et de technique, 1920-1930).  

 

  • Le théâtre: laboratoire de la vie nouvelle: innovation dans le théâtre
    L’artiste constructiviste se considère comme un ouvrier qui représente sur scène les normes et les valeurs de l’usine.  
    La scène de théâtre est comme dans la vie ou comme dans une usine. Les gestes sont maîtrisés. Le comédien est anonyme. Les thèmes sont liés à l'actualité politique et sociale.

    Voici quelques exemples de pièces de théâtre:
Masque à gaz Prise de vue de la mise en scène du spéctacle au 1er Théâtre ouvrier de Proletkult, 2009  Alexander Dobrovinsky Collection (Moscou) 2009 © Dobroinsky Collection
Masque à gaz. Prise de vue de la mise en scène du spéctacle au 1er Théâtre ouvrier de Proletkult, 2009 
Alexander Dobrovinsky Collection (Moscou),2009 © Dobroinsky Collection

Masque à Gaz est une pièce de théâtre écrite par Tretiakov et mise en scène par Sergueï Eisenstein en 1924. Elle est jouée dans une usine désaffectée, au milieu des machines. L'usine réelle est le lieu du spectacle. Seuls aménagements: une scène et un amphithéâtre pour les spectateurs.

L'histoire raconte un accident industriel qui se produit dans l'atelier de l'usine de gaz de Moscou: une fuite de gaz dans une usine et pas de masques à gaz pour les ouvriers!

Masque à gaz Prise de vue de la mise en scène du spéctacle au 1er Théâtre ouvrier de Proletkult, 2009  Alexander Dobrovinsky Collection (Moscou) 2009 © Dobroinsky Collection
La Punaise de V. Maïakovski, mise en scène Meyerhold 1929,  par les Koukryniks et Rodtchenko, musique Chostakovitch. Doc photo Archives nationales russes de la littérature et l'art (RGALI), Moscou, Russie

Vladimir Maïakovski écrit La Punaise > en 1928. La musique de Dimitri Chostakovitch accompagne la pièce. Il s’agit d’une comédie satirique qui se moque des petits-bourgeois et des dérives de la Nouvelle Politiques économiques.
Elle raconte l’histoire de Prissipkine, qui, lassé de sa vie d’ouvrier, décide de vivre celle d'un petit bourgeois.
Lors de ses secondes noces avec une fille de coiffeur, en plein hiver, un incendie tue tous les invités et Prissipkine se fait congeler par l’eau de la lance des pompiers.
Conservé pendant 50 ans dans la glace, il est redécouvert, une punaise accrochée à son cou, par les robots d’une nouvelle société. Il finira avec la punaise dans une cage comme espèce rare de petit bourgeois.

Artistes du Théâtre national  V. E. Meyerhold (E. B. Bengis,  Z. P. Zlobine, I. I. Koval-Samborski, I. V. Hold et al.) aux cours de biomécanique ; tirage photogra-phique, 18,4 × 11,9 cm Moscou, Archives d’État de littérature et d’art
Artistes du Théâtre national V. E. Meyerhold (E. B. Bengis, Z. P. Zlobine, I. I. Koval-Samborski, I. V. Hold et al.) aux cours de biomécanique ; tirage photogra-phique, 18,4 × 11,9 cm. Moscou, Archives d’État de littérature et d’art

< La biomécanique est une technique de mouvements inventées par  Meyerhold, pour les acteurs. Celui-ci l’enseigne dès 1921.
Elle permet de contrôler l’énergie. Elle se pratique en collectif, dans un jeu d’actions et de réactions. Les mouvements sont rationalisés comme le travail des ouvrier en usine. 
Cette technique s’inspire de la rationalisation du travail de Frederick Taylor (le taylorisme) et d’Henry Ford.

M. M. Anoufrieva : indienne pour chemise Aeroflot, produite à l’usine de coton « IIIe Internationale », 1930 ; cotonnade, impression, 28 × 30,7 cm Moscou, Musée d’État d’histoire
M. M. Anoufrieva : indienne
pour chemise Aeroflot, produite à l’usine de coton "IIIe Internationale", 1930 ; cotonnade, impression, 28 x 30,7 cm. Moscou, Musée d’état d’histoire
  • Le design (textile et mobilier) 

    Dans le domaine du  textile, deux femmes, Varvara Stepanova et Lioubov Popova appliquent les directives de l'enseignement des Vkhoutemas (Ateliers supérieurs d’art et de technique, 1920-1930): inventivité, fonctionnalisme, standardisation. Elles imaginent des motifs répétitifs à imprimer sur tissus. Elles participent au processus de production de leur design dans les usines. Contrairement aux autres artistes constructivistes, elles voient leur production fabriquée en série et portée par les soviétiques. Elles enseignent également leur savoir-faire à d'autres générations d'élèves.





     
    Varvara Stepanova : artiste et précurseur du sportswear.



 

Bibliothèque pour un club ouvrier
Reconstitution du Club ouvrier d'après Alexandre Rodtchenko par les équipes du Centre Pompidou, Paris.
Exposition Rouge Grand Palais, Paris 2019. Photo Rmn-GP
​​​​

Dans le domaine du design de mobilier, les objets constructivistes sont pratiques. Ils sont multi-fonctionnels et escamotables. Les formes sont géométriques.

Le mobilier du Club ouvrier*  devait présenter toutes ces caractéristiques.

*Les clubs ouvriers étaient des lieux de rencontre pour les ouvriers.
L'idée s'inspire des clubs anglais. Les ouvriers s'y informent et s'y cultiver. Bibliothèque, jeux d'échecs, tribune…sont mis à leur disposition.

Table de jeu d'échecs
Table de jeux d'échec reproduite d'après dessin de Rotchenko. Photo 


 

 

Alexandre Rotchenko (1891-1956) aménage un Club ouvrier pour l'Exposition de 1925, à Paris.   Il avait prévu une tribune d’orateur, une table d'échec avec des chaises intégrées (politique et jeu sont associés, après 1917). Il conçoit une salle de lecture avec une grande table équipée de panneaux escamotables sur lesquels étaient posées des revues et une bibliothèque. 
Ce mobilier resta à l'état de prototype. Il n'a jamais été industrialisé.

  • Photomontage
    Cette technique artistique remplace la peinture de chevalet que les constructivistes ont rejetée. Il s'agit de  morceaux de photographies, de coupures de journaux recomposés et collés. Le photomontage permet d'associer différents morceaux du réel pour créer une image truquée.
    Le photomontage est un instrument de propagande. Il est utilisé d'abord à but expérimental, puis les artistes l'utilisent plus fréquemment à partir de 1923. Il est aussi utilisé pour illustrer des livres (Rodtchenko).
Lénine
Gustav Klucis : Lénine est à la frontière de deux âges dans l’évolution de l’humanité,
Collage, gouache sur papier et car-ton, 25 × 17, cm, 50 × 35 cm (base). Riga, Musée national des arts de Lettonie
affiche de l'expo Rouge

Gustav Klucis : L’URSS est la brigade de choc du prolétariat mondial (affiche), 1931 ; impression typogra-phique sur papier, 143 × 104,3 cm.Riga, Musée national des arts de Lettonie
Marx, engel, Lénine, trotski
Gustav Klucis : Dressez la bannière de Marx, Engels, Lénine et Staline !, esquisse pour une affiche, 1933 ;photomontage, peinture à l’huile, gouache et encre de Chine sur car-ton, 30 × 90,8 cm, 48,2 × 99,4 cm (feuille),Riga, Musée national des arts de Lettonie

​​Gustav Klucis se spécialise dans l'affiche. Il est le principal inventeur du photomontage. Ses réalisations présentent à la fois la nouvelle société communiste et ses chefs comme Marx, Engels, Lénine et Staline, (image-dessous).

<À gauche, Klucis représente Lénine. Ce photomontage fait partie d'une série consacrée à Lénine dans la revue Jeune Garde (Molodaya gvardya), 1924, no 2-3.

À droite> sur cette grande affiche, il représente un ouvrier, en tenue de travail, déterminé. Le drapeaux qu'il tient déclare en cyrillique: «L’URSS est la brigade de choc du prolétariat mondial». Il est posé sur le monde entouré d'hommes provenant de différents continents.
 

  • Architecture
    Léon Trotsky (1879-1940), déclare en 1923 que son programme «ne sera pas la construction d’un temple, d’un château ou d’un hôtel particulier, mais plutôt d’une maison du peuple, d’un hôtel à nombreux locataires, d’une maison communautaire, d’une école de grandes dimensions». 
architecture constructiviste
Foyers de vie commune et bureau de poste dans le deuxième quartier de la Sotsgorod (sotsia-listitcheskii gorod, cité socialiste)
(le 6e village) (Zaporojié, Ukraine), fin des années 1920. tirage photographique. Moscou, Musée d’État de recherche scientifique en architecture Chtchoussev.

Au lendemain de la première guerre mondiale, le pouvoir soviétique se lance dans de nouvelles constructions architecturales et une nouvelle forme d'architecture pour le peuple: cités ouvrières (quartier d'habitation) proches des zones industrielles, clubs-ouvriers, maison-communautaires, écoles, postes…

Contrairement au design, les architectes constructivistes voient certains de leurs projets se réaliser. Ils voient directement leur impact sur le mode de vie, car l'architecture tente d'organiser la vie des russes.
Ils essayaient de créer un environnement où individualisme bourgeois est aboli; de créer un style de vie soviétique collectivisé qui produit un sentiment d’appartenance, de bonheur et d’enthousiasme.

Les habitats communautaires proposent de partager salle à manger, cuisine… on mange ensemble, on prépare à manger ensemble. 

À proximité des bâtiments industriels des villes nouvelles sont construites pour les travailleurs.

Par exemple, la construction du barrage> hydroélectrique, le DnieproGES*, est accompagnée de celle de la ville nouvelle du « Grand Zaporojié », l’un des plus importants projets d’urbanisme soviétiques de la fin des années 1920.

*Entre 1927 et 1932, l'énorme barrage, le DnieproGES, est construit sur le fleuve Dniepr, situé en Ukraine. C'est la construction la plus importantes du premier plan quinquennal de la NEP. Il symbolise la politique d’électrification de la Russie et est un modèle pour l’architecture industrielle soviétique. Il était à cette époque le plus grand barrage d'Europe et le premier de ce genre construit dans l'Union Soviétique. Fierté de l'URSS, objet de propagande, ce barrage était en réalité de conception américaine avec l'aide de technologie occidentale.Le barrage est en béton armé fait 600 mètres de long. Il devient la plus grande centrale électrique au monde en générant 558 méga watts. Il fut détruire pendant la seconde guerre mondiale, puis reconstruit.

Sept quartiers résidentiels composaient la ville. Chacun était équipé de lieux culturels et administratifs autonomes. Le quartier « Sotsgorod » (la ville socialiste) est construit sur la rive gauche du Dniepr.
 

Barrage de DnieproGES
Viktor Vesnine, Nikolaï Kolli, Sergueï Andrievsky et Gueorgui Orlov. Centrale hydroélectrique du Dniepr V. I. Lénine (Zaporojié, Ukraine, 1927-1932). Vue sur le barrage depuis la rive gauche du Dniepr, au second plan la salle des turbines, 1927-1932 ; Tirage photo-graphique, années 1930. Moscou, Musée d’État de recherche scientifique en architecture Chtchoussev
collectivisme
Sergueï Andrievsky et Viatcheslav Vladimirovitch
Letavine : immeubles résidentiels de la Sotsgorod
(Zaporojié, Ukraine), 1929-1932 ; photographie de Mikhaïl Iline (1932)
Moscou, Musée d’État de recherche scientifique en architecture Chtchoussev

Le constructivisme (ou productivisme) se terminent vers 1929. 

3- LA TENDANCE RÉALISTE 

Pendant la période de reconstruction (1918-1929), d'autres mouvements artistiques existent et débattent sur la nature des arts plastiques.
 
La tendance réaliste est préférée par le parti bolchevik, car compris plus facilement par les masses. Elle se retrouve dans différents groupes : les Quatre Arts, les Ambulants, l'A.kh.r.r. (l'Association des artistes de la Russie révolutionnaire), le N.O.J.(la Nouvelle société des Peintres), l'O.S.T. (société des artistes de chevalet).
 

deux mouvements se démarquent: L’AKhRR et L'O.S.T.

Œuvre AKhRR:  Katsman : L’Instituteur de campagne, 1925 ; huile sur toile, 120 x 68 cm. Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Œuvre AKhRR:
Katsman : L’Instituteur
de campagne, 1925 ; huile sur toile, 120 x 68 cm. Moscou, Galerie nationale Tretiakov
  • -L’AKhRR (Association des artistes de la Russie révolutionnaire, de 1922-1932), la plus puissante, déclare :  « Nous considérons que le contenu d’une œuvre d’art marque son authenticité, et la volonté d’exprimer ce contenu oblige les artistes de la Russie révolutionnaire que nous sommes à nous unir en nous assignant des tâches strictement définies. »

Les peintures des artistes de l'AkhRR représentent le monde ouvrier, une réalité socialiste. Ils étaient soutenus par le parti.
Staline, en visitant leur exposition, le 26 février 1928,  pour le 10e anniversaire de l'Armée rouge commente l'événement en ces termes: « Notre devoir civique envers l’humanité est de fixer de manière artistique et documentaire le plus grand moment de l’Histoire dans son élan révolutionnaire. Notre peinture retrace la vie de l’Armée rouge, la vie des ouvriers, des paysans, des acteurs de la révolution et des travailleurs ».

Ce mouvement a hérité de la peinture réaliste russe de la fin du XIXe siècle et reste traditionnel dans les formes et la touche.
 

 

Ekaterina Zernova : Usine de conserves de poisson, 1927 ;  huile sur toile, 85 × 63 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Ekaterina Zernova : Usine de conserves de poisson, 1927 ; huile sur toile, 85 × 63 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
  • -L'O.S.T. (Société des artistes de chevalet) est fondée à Moscou en 1924. Pour eux, l'art, et en particulier la peinture, doit traduire la vision du monde du prolétariat (et non plus de la classe dominante). Leur art est réaliste et se rapporte au monde du travail. Ils s'intéressent aux thèmes industriels, à la vie ouvrière, à l'activité sportive, à la construction du métro ou à la vie rurale. 

    Côté plastique, la Société des artistes de chevalet, cherche de nouvelles formes. Les personnages, comme les machines, sont massifs, la touche est vaporeuse. Ils donnent à leur représentation un caractère monumental.
    Avec ces œuvres, le spectateur est toujours mobilisé au service de la cause de la construction du socialisme. Ce qui ne sera plus le cas sous le règne de Staline.
Viatcheslav Pakouline : Carter  de turboréacteur, 1931-1932 ; huile  sur toile, 118 × 91 cm Saint-Pétersbourg, Musée d’État russe
Viatcheslav Pakouline : Carter  de turboréacteur, 1931-1932 ; huile sur toile, 118 × 91 cm Saint-Pétersbourg, Musée d’État russe
Piotr Williams : Installation  d’un atelier, 1932 ; huile sur toile,  176,5 × 212 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Piotr Williams : Installation  d’un atelier, 1932 ; huile sur toile, 176,5 × 212 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov

 

4- «LE GRAND TOURNANT»

Cinq ans après la mort de Lénine en janvier 1924, Joseph Staline parvient à écarter les dirigeants historiques du bolchévisme, dont Trotsky, et prend le pouvoir. Il met fin à la N.E.P.  (nouvelle politique économique) qu'il juge trop souple et inefficace. Il impose son plan quinquennal (1929-1933). Il veut accélérer la modernisation de l'URSS en collectivisant et industrialisant à outrance, utilisant la terreur et la violence pour y aboutir. 
 

1930-1953- LE RÉALISME SOCIALISTE 

Au début des années 1930, la politique se durcit et devient totalitaire. Joseph Staline dirige URSS et impose l'idée du Réalisme socialiste.

Georgi Roublev : Portrait de J.V. Staline, 1935 ; huile sur toile, 152 × 152 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Georgi Roublev : Portrait de J.V. Staline, 1935 ; huile sur toile, 152 x 152 cm. Moscou, Galerie nationale Tretiakov

Le domaine artistique subit aussi la politique de Staline. 
En 1931, Staline annonce la fin de la lutte des classes et réforme les organisations littéraires et artistiques. L'ensemble des groupes artistiques sont dissous par décret du Comité central du Parti du 23 avril 1932.
Pour les arts plastiques, des organisations locales sont créées: union des artistes de Moscou, union des architectes.  
En 1936, le parti condamne les productions cubistes, expressionnistes ou abstraites. 

Le Réalisme socialiste devient un art d'état au service de sa propagande.
La figuration, réaliste, reprend une place importante et redonner des modèles au peuple qui redevient un spectateur passif. L'artiste doit suivre des règles imposées pour les formes et pour les thèmes de ses œuvres : l'«art doit être réaliste dans sa forme et socialiste dans son contenu» (Alexandre Gueassimov, président de l’Union des artistes d’URSS).

Des images mensongères
Le stalinisme, à travers différentes formes d'art (cinéma, peinture…), veut montrer un monde rêvé mais qui est un monde de mensonges. Ce «réalisme» ne représente pas la réalité. Il montre une réalité d'un futur souhaité par le pouvoir. Ces images ont un rôle éducatif. 

1- RÉPRESSION 

La répression sévit : Dès 1929, Staline veut supprimer les «ennemis de classe»  et les «ennemis du peuple» : Les bourgeois, les aristocrates, les petits et grands propriétaires terriens. Les «saboteurs» du régime sont «démasqués» et jugés devant les angoissants tribunaux du peuple. Les alcooliques sont stigmatisés, les fainéants condamnés. 
Toutes les couches de la société sont touchées par la purge stalinienne. Des milliers de personnes sont exécutées et des milliers sont envoyés dans les goulags (prisons). Il y a des millions de victimes.

Les arts visuels servent ou témoignent de cette répression en représentant des scènes de tribunal du peuple ou en caricaturant ces «ennemis de classe».

Nikolaï Sneïder: Le Procès du tire-au-flanc, 1931 ; huile sur toile,  149 × 200 cm Moscou, Musée d’État et Centre d’exposition ROSIZO
Nikolaï Sneïder, Le Procès du tire-au-flanc, 1931 ; huile sur toile,  149 × 200 cm Moscou, Musée d’État et Centre d’exposition ROSIZO 
Solomon Nikritine : Le Tribunal du peuple, 1934 ; huile sur toile,  142 × 142 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Solomon Nikritine : Le Tribunal du peuple, 1934; huile sur toile, 142 × 142 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov

Des artistes sont également touchés par cette répression, comme Klucis qui est arrêté. Il est accusé à tord de complot contre l'état soviétique, et est exécuté en 1938. 

Le tableau de Solomon Nikritine (peintre du modernisme), ici, montre un tribunal du peuple, lieu glacial et angoissant. Ce tableau n'a jamais été montré au public.

 

 

 

 

2- CULTE DU CORPS  

- Sport et corps idéal
Sport, discipline de soi sont représentés dans des scènes peintes idéales.
On y voit des corps parfaits, des ouvriers profitant de la pause déjeuner pour faire du sport, des jeunes femmes courants en tenues de sport, une jeunesse communiste prête à service le régime, passant des joies de la mer à la discipline militaire. 
 

Alexeï Pakhomov : Le Bain  des marins de la flotte rouge depuis  le bord du navire, 1933 ; huile  sur toile, 140 × 208 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Alexeï Pakhomov : Le Bain des marins de la flotte rouge depuis le bord du navire, 1933 ; huile sur toile, 140 × 208 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Alexandre Deïneka, Pleine liberté, Saint-Pétersbourg, Musée Russe © Adagp, Paris, 2019
Alexandre Deïneka, Pleine liberté, Saint-Pétersbourg, Musée Russe © Adagp, Paris, 2019
Alexandre Deïneka, Donbass, la pause déjeuner Riga, Musée national des Beaux-Arts de Lettonie © Adagp, Paris, 2019
Alexandre Deïneka, Donbass, la pause déjeuner Riga, Musée national des Beaux-Arts de Lettonie © Adagp, Paris, 2019


 

3- ARCHITECTURE 

L'architecture n'est plus celle des constructivistes. La nouvelle architecture revient à des modes de vie plus traditionnels, plus bourgeois : un appartement privé et non plus communautaire. Elle est au service d'une élite et non plus du peuple.

L'architecture est plus prestigieuse : nouvelles voies larges dans Moscou, bâtiments gigantesques, gratte-ciels, un métro luxueux richement décoré (lancé en 1931). Le métro va être pensé comme un palais pour le peuple, mais aussi comme un abris antiaériens, en prévision d'une guerre.
Staline veut faire de Moscou une des grandes capitales de monde, phare du socialisme. 
Les artistes vont documentés tous ces chantiers, les meilleurs architectes vont être appelés à rebâtir le nouveau Moscou.

Dmitri Tchetchouline et Andreï Rostkovsky : gratte-ciel résidentiel sur le quai Kotelnitcheskaïa,   vue perspective depuis la Moskova à Moscou, 1947-1949 ;   crayon, encre de Chine, aquarelle et blanc de céruse sur papier marouflé sur tissu, 158,6 x 229 cm Moscou, Musée national de recherche scientifique d’architecture Chtchoussev
Dmitri Tchetchouline et Andreï Rostkovsky : Gratte-ciel résidentiel sur le quai Kotelnitcheskaïa,   vue perspective depuis la Moskova à Moscou, 1947-1949 ;  crayon, encre de Chine, aquarelle et blanc de céruse sur papier marouflé sur tissu, 158,6 x 229 cm Moscou, Musée national de recherche scientifique d’architecture Chtchoussev

 

Leonid Teplitsky : Moscou. Projet pour la station de métro  « Place de l’Arbat » sur la ligne Filiovskaï, salle des quais.   Vue perspective, 1934 ; crayon, aquarelle et blanc de céruse   sur papier, 58 × 82 cm Moscou, Musée national de recherche scientifique d’architecture Chtchoussev
Leonid Teplitsky : Moscou. Projet pour la station de métro «Place de l’Arbat» sur la ligne Filiovskaï, salle des quais.  
Vue perspective, 1934 ; crayon, aquarelle et blanc de céruse sur papier, 58 × 82 cm Moscou, Musée national de recherche scientifique d’architecture Chtchoussev



4- AVENIR RADIEUX ET PEINTURE D'HISTOIRE

-L'avenir radieux
Le réalisme socialiste veut montrer une société optimiste promettant le bonheur. Les artistes vont représenter ce grand mensonge dans des peintures «joyeuses et contagieuses» (Maxime Gorky, 1933) qui montrent l'avenir radieux du communisme.

Vassily Svarog : J. V. Staline et les membres du Politburo du Comité central du Parti communiste d’URSS au milieu d’enfants au parc Gorki, 1939 ; huile sur toile, 200 × 300 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Vassily Svarog : J. V. Staline et les
membres du Politburo du Comit.
central du Parti communiste d’URSS
au milieu d’enfants au parc Gorki
,
1939 ; huile sur toile, 200 x 300 cm
Moscou, Galerie nationale Tretiakov


< Le parc d'attraction Gorki est une réalisation qui représente bien cette volonté de bonheur idéal en URSS. 
Dans cette peinture, Staline, le «petit père des peuples», et les membres du Politburo y accueillent des enfants qui viennent de toute l'URSS (Ouzbékistan, Arménie, russie…) et portent des costumes traditionnels.
La vie dans le parc est montrée heureuse avec des enfants radieux. Mais cette représentation reste assez grotesque car assez loin de la réalité.
Pour l'anecdote: l'artiste, qui a peint ce tableau présenté au public en 1937, va le retoucher pour éviter toutes représailles, car un des personnages qui y figurait, le ministre de la marine, fut exécuté. On peut voir une légère ombre au niveau des arbres, à droite des lampadaires qui nous laisse deviner l'emplacement de ce personnage. 






 

- La peinture d'histoire
À travers une peinture très académique, celle du genre historique, l'art va signer sa mort.
Les artistes ne peuvent plus innover, ils doivent suivre, à la lettre, les codes iconographiques dictés par le pouvoir.
Ils vont réécrire l'histoire des chefs socialiste (Lénine, Staline), en peinture, mais aussi au cinéma (L’Homme au fusil de Sergueï Loutkevitch, 1938) et au théâtre, toujours dans un esprit propagandiste et faux.
Staline se réapproprier la mémoire historique de la révolution et se présenter comme l'héritier de Lénine. Il met en place le culte de sa personnalité.
Ces images vont être reproduites en cartes postales pour les diffuser au peuple.

Anatoli Yar-Kravtchenko :  A. M. Gorki lisant son conte La Jeune Fille et la mort aux camarades  J. V. Staline, V. M. Molotov et K. E. Vorochilov le 11 octobre 1931, 1941 ; huile sur toile, 210,5 × 240,5 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov
Anatoli Yar-Kravtchenko : A. M. Gorki lisant son conte "La Jeune Fille et la mort" aux camarades 
J. V. Staline, V. M. Molotov et K. E. Vorochilov le 11 octobre 1931
, 1941 ; huile sur toile, 210,5 × 240,5 cm Moscou, Galerie nationale Tretiakov

 
< Cette peinture d'histoire est un épisode mythifié et morbide de la vie de Staline.  On y voit
E. Vorochilov : commissaire à la défense, V. M. Molotov : commissaire aux affaires étrangères, l'écrivain maxime Gorki (1868-1931): le chantre du régime socialiste qui lit son dernier conte, La Jeune Fille et la mort, et Staline, mis en lumière, représenté idéalement, sans son bras atrophié, aussi grand que les autres personnages alors qu'il était de petite taille. 














En 1953, Staline meurt. Nikita Khrouchtchev condamne ce culte de la personnalité, en 1956, au congrès du parti communiste. La pression de l'état sur les artistes est moins forte mais toujours présente sur le choix des sujets.

Ce n'est qu'à partir de 1985, avec la perestoïka (nom qui signifie «reconstruction») et les réformes économiques, sociales et éthiques menées par Mikhaël Gorbatchev, et 1991 avec la fin de l'URSS, que les artistes vont se sentir plus libres.

Les artistes contemporains de l'ombre vont commencés à s'exposer au grand jour et les œuvres des artistes constructivistes, mises en réserve pendant la période Stalinienne, montrées à nouveau au public, dans les musées d'État. 


 

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