Le bestiaire de Niki de Saint Phalle

Oiseaux, serpents, dragons et monstres traversent l’œuvre de Niki de Saint Phalle.
17 décembre 2014
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Mickaël Pierson, Historien d’art
© Rmn-GP
Aux côtés des Nanas et des diverses représentations féminines, les animaux ont la part belle dans l’œuvre de Niki de Saint Phalle. A la fin de sa vie, elle travaille à un projet auquel elle pense depuis le début des années 1970.

Pour cette Arche de Noé prévue pour un parc de Jérusalem, elle choisit de présenter le moment heureux de l’arrivée de l’arche, plutôt que le traditionnel départ. L’architecte Mario Botta réalise l’arche tandis que Niki crée une vingtaine d’animaux. Elle va au zoo dessiner, mais s’intéresse aussi à la manière dont on représentait les animaux avant l’invention de la photographie. Au final, l’artiste offre un bestiaire fantastique : un éléphant croisé de girafe, un dromadaire portant son petit sur la bosse... Des bêtes dignes de contes de fées, aussi loin du vérisme scientifique que des textes bibliques. Car chez Niki de Saint Phalle, l’animal est symbolique et très souvent évocateur de l’homme. C’est ainsi qu’en hommage à son assistant et ami Ricardo Menon, décédé du sida en 1989, elle orne sa tombe au cimetière du Montparnasse d’un chat tel un totem : « Se prenant pour un chat (…) tous les chats viendront lui rendre visite. » (1)
 
Totem, l’animal peut aussi faire écho à certains événements ou périodes de la vie de l’artiste. Le serpent est un motif récurrent : seul et fièrement dressé, il est porté à bout de bras par les Nanas ou il s’enroule autour de leurs jambes. En duo, il orne le flacon du parfum édité par l’artiste en 1982. Symbole religieux et source de vie, il est tout autant cet animal qui l’émerveillait et l’effrayait à la fois alors qu’elle allait l’admirer au zoo enfant ou lorsqu’elle en découvre terrifiée l’été de ses onze ans, cet été même où elle est violée par son père. Mon Secret, l’ouvrage dans lequel elle évoque le drame est d’ailleurs sous-titré « L’été des serpents ».


Le Dragon de Knokke, Belgique, 1973 © Laurent Condominas
L’animal est aussi un monstre, figure récurrente dans les œuvres du début des années 1960. Les reliefs de l’artiste sont peuplés de gigantesques dinosaures attaquant hommes et villes et dont elle se rappelle qu’ils hantent ses rêves depuis l’enfance. Peu à peu le monstre menaçant disparaît de son iconographie. Maîtrisé ? On ne sait, mais les monstres suivants ne sont plus que couleurs et amusements pour enfants : le dragon-maison de Knokke-le-Zoute, le Golem, le Monstre du Loch Ness… Le serpent lui-même, s’il n’est pas dompté, perd son caractère effrayant et investit l’arbre de vie dont il termine les branches, rappelant les anciennes déesses minoennes brandissant l’animal.

Le Dragon de Knokke, Belgique, 1973 © Laurent Condominas
« Où sont les hommes dans mon travail ? Quand les hommes sont amoureux, ce sont les animaux. Quand ils sont méchants, ils deviennent les monstres. L’oiseau. Quand je dessine ses ailes, je respire. » (2) L’oiseau dont les ailes déployées la libère, mais aussi l’oiseau qui porte contre lui un enfant qui peut devenir tour à tour L’Oiseau amoureux ou « un monstre qui fait l’amour avec un enfant. » (3) On ne peut s’empêcher non plus en les regardant de penser au dieu Zeus métamorphosé en aigle pour enlever le jeune et beau Ganymède. La passion connue de l’artiste pour la mythologie encourage ce rapprochement. L’animal est ainsi double chez Niki de Saint Phalle : il en incarne les angoisses tout autant que les possibilités de les transcender.
 
  1. Catherine Francblin, Niki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre, Paris, Hazan, 2013, p.321.
  2. Niki de Saint Phalle in Niki de Saint Phalle, Paris, Centre Gorges Pompidou, 1980, p.80.
  3. Niki de Saint Phalle à Robert Haligon. Citée par Catherine Francblin, Niki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre, Paris, Hazan, 2013, p.231.
 

 
 
 
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