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La musique traverse l’ensemble des diaporamas et films de l'artiste Nan Goldin, façonnant leur rythme et leur perception. À l’occasion de l’exposition consacrée à Nan Goldin au Grand Palais jusqu’au 21 juin 2026, Alice Leroy, enseignante-chercheuse et critique de cinéma, propose une série de textes consacrés à son œuvre.
Du chagrin, de la joie. C'est de cela que sont faits les souvenirs.
Jimmy Paulette on David’s bike, NYC, 1991
Dans la pénombre, chacun avance à tâtons, appelé par le bruissement musical vers les petites chambres obscures disposées dans l’espace. Le son guide les spectateurs jusque dans ces alcôves confinées, donne forme à leur expérience dans ces salles où le film ne prend jamais fin. Mais la musique commande aussi au montage des films, elle leur confère une dimension organique, en souligne les motifs équivoques, donne à chaque personnage une voix, et à Nan Goldin un rôle de narratrice. Dans The Ballad, les poses boudeuses des hommes prennent des airs joueurs avec la musique d’Ennio Morricone (The Good, The Bad and The Ugly) et les paroles chantées par James Brown (It’s a Man’s, Man’s, Man’s World). C’est un théâtre où chacun performe le genre qui lui sied.
Mais l’éclectisme des références se fond aussi dans un lyrisme partagé : de Klaus Nomi à Bambi Lake, de Charles Aznavour à Marianne Faithfull, les destinées de la communauté queer de The Other Side (1992-2021) s’incarnent dans le souffle de ces voix déchirantes. Ce chant de douleurs, adressé à chacun et à tous, noue l’intimité la plus profonde à une mémoire commune, "C'est une chanson qui fait pleurer - Une chanson pour pleurer" dit le morceau de Nick Cave.
Goldin a parfois collaboré avec des musiciens qui ont joué pendant la projection de ses diapositives. Dans les années 1980, les Del Byzanteens, un groupe auquel appartiennent le cinéaste Jim Jarmusch et le peintre James Nares, accompagnent The Ballad lors de performances dans le Lower East Side - il en reste une chanson, My World Is Empty Without You, dans la bande originale du diaporama. Plus récemment, les artistes britanniques Patrick Wolf ou The Tiger Lillies ont mis en musique The Ballad à la Tate Modern en 2008, aux Rencontres de la photographie à Arles en 2009, ou à la Philarmonie de Paris en 2017. Jusqu’en 1992, chaque projection de The Ballad était une performance, un live-show qui mixait d’innombrables chansons au rythme du défilement des images.
Aujourd’hui, les diaporamas sont plus souvent accompagnés d’une bande originale que d’une performance live. Mais Goldin invite désormais des artistes à composer des pièces pour ses diaporamas et films de found footage : Mica Levi et Soundwalk Collective ont collaboré à la bande-son de Memory Lost en 2019, entremêlant leurs sonorités troublantes aux voix de Goldin et de ses proches enregistrées sur son répondeur autrefois, avant de travailler à nouveau sur Sirens (2019-2021) et Stendhal Syndrome (2024). Si Goldin préfère la musique au texte, peut-être est-ce parce que celle-ci excède la signification que celui-là confère aux images. La musique ne se contente jamais de "coller" à l’image ou de dissoner ironiquement avec elle, elle ouvre un autre espace. "Le plaisir est dicible, la jouissance ne l’est pas", écrivait Roland Barthes . La musique chez Goldin prend acte d’une telle nuance, elle est toute entière du côté de la jouissance, celle "qui déconforte (…), fait vaciller les assises historiques, culturelles, psychologiques, du [spectateur] (…), la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses souvenirs" .
Cet article, rédigé par Alice Leroy, s'inscrit dans une série de textes explorant l’œuvre de Nan Goldin à travers le prisme du cinéma, de ses diaporamas à ses films, en soulignant notamment ses liens avec le cinéma expérimental new-yorkais. Publiée à un rythme bimensuel, cette série propose une lecture intime et cinématographique de son travail, en écho à l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well au Grand Palais (18 mars-21 juin 2026).
[1] Roland Barthes, Le plaisir du texte, Paris, Seuil, 1973, p. 25-26
[2] Ibid. p. 11.
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Picnic on the Esplanade, Boston, 1973
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