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À l’occasion de l’exposition consacrée à Nan Goldin au Grand Palais jusqu’au 21 juin 2026, Alice Leroy, enseignante-chercheuse et critique de cinéma, propose une série de textes explorant son œuvre à travers le prisme du cinéma. Entre diaporamas et installations se dessine une écriture de la mémoire et du désir. Elle revient ici sur The Ballad of Sexual Dependency et le diaporama comme forme collective.
Rien ne distingue les souvenirs des autres moments : ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître, à leurs cicatrices.
Au cours des années 1960, le diaporama a remplacé l’album de famille comme support de la communion domestique. Dans le salon transformé en salle obscure, le projecteur invoquait les vivants et les morts devant la famille réunie. Il occupe la même place dans la famille d’élection de Nan Goldin, sauf que dans cette famille, on ne tait ni la violence, ni la troublante ambiguïté du désir.
Brian and Nan in Kimono, 1983
The Ballad of Sexual Dependency (1981-2022), l’œuvre matricielle et évolutive de tout le travail de Goldin, fait le récit de cette violence, violence du désir, violence des sentiments, violence des relations. Le couple y trace un horizon politique aussi enviable que dangereux. Ses tensions, entre autonomie et dépendance, dualité et jeu de miroir, ont progressivement déterminé la structure de The Ballad.
Celle-ci emprunte son titre définitif à l’une des chansons de L’Opéra de Quat’Sous de Bertolt Brecht, Elisabeth Hauptmann et Kurt Weill. Son dispositif, le diaporama, n’est d’ailleurs pas si éloigné du théâtre épique, car la communauté des regards est nécessaire à la communauté des images. Goldin dit parfois que ses photographies sont son "journal public", celui qu’elle a d’abord partagé avec la famille qu’elle s’était choisie avant de l’ouvrir à des inconnus.
À une époque, les personnes à l’image et dans la salle étaient les mêmes, on pouvait entendre les blagues de Cookie Mueller, actrice de John Waters, écrivaine, performeuse et amie que Goldin a photographié jusqu’à sa mort en 1989. Désormais, l’atmosphère est presque au recueillement. Il y a un vertige propre au dispositif de la projection, redoublé par le rythme syncopé du diaporama qui ne défile pas à la cadence habituelle du film mais comme au ralenti, rompant avec l’illusion de continuité pour laisser percevoir les intervalles entre chaque image, à mi-chemin entre photographie et cinéma. L’écran est ce miroir qui conjure indéfiniment le passage du temps, chacun peut y projeter ses propres fantômes en se laissant affecter par ces visages anonymes et familiers.
Vue de l'exposition Nan Goldin, This will not end well, au Grand Palais
Goldin a commencé à expérimenter le format du diaporama de manière intuitive, parce qu’elle n’avait pas accès à une chambre noire pour développer ses images. En 1979 au Mudd Club, haut lieu de la contre-culture new-yorkaise, où l’incomparable musicien satiriste Frank Zappa fête son anniversaire, elle tient le projecteur dans sa main et charge les diapositives l’une après l’autre. C’est dans des bars, des salles de concerts et des cinémas qu’elle met au point la forme de The Ballad, dans une indissoluble confusion entre l’art et la vie.
Cette genèse inscrit sa pratique du diaporama dans une écriture cinématographique, car Goldin ne cherche pas l’image iconique mais la séquence. Ses images ne prennent sens que les unes avec les autres, dans un montage qui, longtemps, s’est rejoué à chaque projection. Ces séquences nous rapprochent de ces vies de désir et de douleur, leur intimité est aussi la nôtre. The Ballad n’est pas seulement l’archive d’une famille décimée par le Sida ou la forme sédimentée d’une performance confondant tous les arts, c’est aussi le film de notre propre histoire.
Alice Leroy est enseignante-chercheuse et membre junior de l’Institut Universitaire de France. Elle développe en parallèle des activités de critique en tant que membre de la rédaction des Cahiers du cinéma et dans l’émission L’Esprit critique sur Mediapart. Elle est aussi programmatrice associée au festival Cinéma du Réel au Centre Pompidou et au Franska Film Festivalen de Stockholm.
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Nan Goldin, Self Portrait at New Year’s Eve, Malibu 2006 in Memory Lost
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