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À l’occasion de l’exposition consacrée à Nan Goldin au Grand Palais jusqu’au 21 juin 2026, Alice Leroy, enseignante-chercheuse et critique de cinéma, propose une série de textes explorant son œuvre à travers le prisme du cinéma. Aujourd'hui, elle revient sur la cinéphilie de Nan Goldin, de ses découvertes du cinéma underground aux grandes figures hollywoodiennes, et montre comment cet amour éclectique des films compose une histoire intime du cinéma qui irrigue profondément son travail.
Si Nan Goldin gravite autour de la No Wave au début des années 1980 et qu’elle apparaît dès cette époque dans un certain nombre de films, sa cinéphilie, aussi boulimique qu’éclectique, débute bien plus tôt et esquisse une histoire du cinéma bien plus longue.
Cet amour des films ne s’attache ni à une période ni à un genre en particulier, mais compose la plus insolite et la plus intime des histoires du cinéma. Sirens, film qui déploie un montage kaléidoscopique de l’extase, en est une preuve. Il fait voisiner les cinéastes underground Jack Smith et Kenneth Anger avec un réalisateur emblématique de la modernité, Michelangelo Antonioni ou les essais du dernier film inachevé d’Henri-Georges Clouzot.
Nan Goldin, Gina and Bruce’s dinner party, NYC, 1991
La passion cinéphile de Goldin débute à l’adolescence, tandis qu’inscrite dans une école expérimentale, elle passe plus de temps au cinéma qu’en classe. Elle fréquente assidûment les écrans du Brattle et de l’Orson Welles, deux salles de Cambridge (Massachusetts) où elle découvre l’avant-garde américaine, Andy Warhol, John Waters, et plus particulièrement le film expérimental de Jack Smith, Flaming Creatures, flamboyante orgie dont la liberté lui donne l’envie, à quinze ans, de devenir cinéaste.
À la même époque, elle voit Blow up d’Antonioni. La fameuse scène où David Hemmings photographie le mannequin Veruschka la marque durablement. Ce mélange d’innocence et de prédation, d’attirance et de violence, traverse aussi son goût pour le cinéma Pré-Code. Goldin est sensible à ces films produits aux États-Unis avant la mise en place du code Hays, un système de censure des studios pour déjouer les critiques des puissantes associations puritaines à partir de 1934[1] . L’une des rares réalisatrices de cette époque à avoir fait carrière à Hollywood, Dorothy Arzner, joue si habilement des conventions morales et sociales dans sa peinture d’un couple déchiré par l’alcoolisme et la jalousie dans Merrily We Go to Hell qu’on pourrait y voir un pendant à la vertigineuse étude de ses pulsions destructrices par Goldin dans Memory Lost.
Nan Goldin, Greer modeling jewelry, NYC, 1985
Celle-ci a été si bouleversée par les reines de beauté du cinéma classique hollywoodien qu’elle n’a cessé d’en convoquer les fantômes dans ses propres images, en photographiant par exemple la communauté transgenre de The Other Side à Boston. Parmi les figures qui lient ensemble des films aussi différents que ceux de John Cassavetes, Federico Fellini ou Jacques Rivette, il y a la passion des actrices, ces visages transformés en icônes par la mise en scène, transperçant tout être qui se trouve pris dans leur lumière.
À l’été 2020, alors que la pandémie de Covid-19 avait confiné les spectateurs chez eux, Goldin fut invitée par le cinéma Metrograph de New York à concevoir des programmes de films pour une plateforme VOD. Dans ces "séances" qu’elle introduisait elle-même, on trouvait aussi bien Nothing But a Man, le beau film de Michael Roemer sur le désespoir d’un homme noir dans un Sud en proie à la ségrégation raciale, que le portrait de son père par une jeune cinéaste argentine, Augustina Comedi, découvrant dans les films amateurs de celui-ci une archive clandestine de ses engagements militants et de sa sexualité. C’était un concentré de son amour des images et des récits, à consommer sans modération.
Alice Leroy est enseignante-chercheuse et membre junior de l’Institut Universitaire de France. Elle développe en parallèle des activités de critique en tant que membre de la rédaction des Cahiers du cinéma et dans l’émission L’Esprit critique sur Mediapart. Elle est aussi programmatrice associée au festival Cinéma du Réel au Centre Pompidou et au Franska Film Festivalen de Stockholm.
Cet article, rédigé par Alice Leroy, s'inscrit dans une série de textes explorant l’œuvre de Nan Goldin à travers le prisme du cinéma, de ses diaporamas à ses films, en soulignant notamment ses liens avec le cinéma expérimental new-yorkais. Publiée à un rythme bimensuel, cette série propose une lecture intime et cinématographique de son travail, en écho à l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well au Grand Palais (18 mars-21 juin 2026).
[1] Hollywood Babylone, écrit par le cinéaste Kenneth Anger, dresse la chronique la plus corrosive et magistrale de cette période qui court des années 1920 jusqu’à 1934, année où le code Hays – du nom du sénateur William Hays alors président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association (MPPDA) –, est mis en œuvre par les studios. Entre sa rédaction en 1930 et son application en 1934, le code n’est pas scrupuleusement appliqué, la mise en scène très crue des films rend encore explicites les scènes de violence et de sexe. En cette période de Grande Dépression, elle est aussi très réaliste dans sa peinture de la misère sociale.
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Voir le contenu : Nan Goldin et la No Wave, par Alice Leroy
Brian and Nan in Kimono, 1983
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Voir le contenu : Montage infini, par Alice Leroy
Nan Goldin, Self Portrait at New Year’s Eve, Malibu 2006 in Memory Lost
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Voir le contenu : Chambres d’échos. Musique, espace et mémoire, par Alice Leroy
Christmas at The Other Side, Boston, 1972
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