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Dessiner avec des ciseaux : la technique de la gouache découpée par Henri Matisse

Oeuvre en papiers gouachés découpés d'Henri Matisse, Zulma
Statens Museum for Kunst, Copenhague

Henri Matisse, Zulma, début 1950

À près de 80 ans, Matisse se réinvente : il ne peint plus, mais taille directement dans la couleur. Avec ses ciseaux, il invente un geste libre et direct qui donne naissance à des figures d’une puissance rare. Un nouvel élan créatif insufflé par la gouache découpée et dont l’histoire et les œuvres sont à découvrir au Grand Palais jusqu’au 26 juillet !

Vue de l'exposition Matisse 1941-1954 au Grand Palais, oeuvre L'Escargot, 1953
Photo © Luc Castel, 2026

La gouache découpée se fait tableau 

Dans ses dernières années, Matisse s’autorise toutes les libertés à travers la gouache découpée. Ce nouveau medium lui permet de "dessiner avec des ciseaux" et donc de tailler directement dans la couleur, sans plus avoir à dissocier ces deux éléments clés de son expression. Couleurs et formes ne sont plus séparées, elles deviennent une seule et même matière à composer. 

Cette liberté nouvelle ouvre un champ immense de possibilités et donne naissance à des œuvres d’une grande force visuelle. Peu à peu, la gouache découpée ne se limite plus à des compositions végétales. Matisse l’emploie pour représenter des figures monumentales, à l’instar de Zulma et Danseuse créole qui sont visibles dans l’exposition.

Le saviez-vous ? 

Matisse composait la plupart de ses gouaches découpées à même les murs de son appartement. Affaibli par la maladie et la vieillesse, il était accompagné d’aides d’atelier. Paule Caen-Martin, Denise Arokas, Annelies Nelck, Jacqueline Duhême : elles sont plusieurs à avoir assisté Matisse, sous la houlette de Lydia Delectorskaya, auxiliaire dévouée de l’artiste depuis 1932. Ce sont elles qui couvraient de gouache les grandes feuilles de papier ensuite découpées par l’artiste ou qui déplacaient, selon ses instructions, les papiers découpés épinglés au mur.

Oeuvre en papiers gouachés découpés d'Henri Matisse, Zulma
Statens Museum for Kunst, Copenhague

Henri Matisse, Zulma, début 1950

Dans le secret de l’atelier

Dans l’atelier, tout peut aller très vite. Certaines œuvres se construisent en une journée, d’autres en quelques jours seulement. Le geste de Matisse est précis, mais aussi très libre : il ajuste, déplace, superpose jusqu’à trouver l’équilibre. Le témoignage de Paule Caen-Martin, dans l’ouvrage Matisse, la couleur découpée : une donation révélatrice (2013) en éclaire le processus :

“Certaines oeuvres étaient jetées d’un seul coup sur le mur, d’autres prenaient forme lentement. Ainsi Zulma, maintenant au musée de Copenhague, fut attaquée un après-midi où Lydia était à Paris, occupée à un accrochage ou quelque autre tâche. Matisse et moi étions dans la chambre d’hiver, c’était en 1950. Le maître était jovial, détendu dans son fauteuil roulant. Il commença par découper le personnage bleu central, avec des seins faisant corps avec l’ensemble ; puis il fallut glisser derrière cette forme des feuilles vertes et jaunes. La grande flamme orangée qui la traverse, de bas en haut, vint après, de même que les traits au pinceau et à l’encre de Chine dessinant le pubis et les jambes. Nous en restâmes là le premier jour. Matisse dut étudier son travail pendant la nuit car, dès mon arrivée, le lendemain, il me fit planter la table et la potiche violette posée dessus, ensuite le parquet brun et orangé. En dernier lieu apparut le vase bleu et terre de Sienne avec son bouquet dessiné d’un trait de crayon gras. Nous avions terminé en deux jours. “

- Paule Caen-Martin, Matisse, la couleur découpée : une donation révélatrice, 2013

Une exposition exceptionnelle 

Le médium de la gouache découpée, particulièrement fragile car photosensible, n’est désormais que très rarement exposé dans les salles des musées. C’est la première fois en France, depuis une exposition au Musée des arts décoratifs de Paris en 1961 que vous pouvez découvrir cette part essentielle de sa pratique ! Rendez-vous au Grand Palais jusqu’au 26 juillet pour en profiter.

Réserver Matisse, 1941 – 1954
Nu Bleu II d'Henri Matisse (Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile)
Service de la documentation photographique du MNAM - Centre Pompidou, MNAM-CCI

Henri Matisse, Nu bleu II, 1952

Matisse

1941 – 1954

Expositions

24 mars - 26 juillet 2026

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