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Jazz, une œuvre majeure à contempler en musique dans l’exposition Matisse 1941-1954

Vue de l'exposition Matisse 1941-1954
Photo © Luc Castel, 2026

Entre 1941 et 1954, Henri Matisse entre dans ce qu’il appelle sa "seconde vie". Après une grave opération qui le laisse affaibli, l’artiste réinvente profondément sa pratique et ouvre l’un des chapitres les plus audacieux de son œuvre. Au cœur de cette période foisonnante, l’album illustré Jazz occupe une place exceptionnelle. Présenté dans l’exposition Matisse 1941-1954 au Grand Palais, il révèle l'invention d'un nouveau langage fondé sur la couleur, le rythme et la liberté du geste.

Jazz, laboratoire d’une révolution artistique

Commandé en 1943 par l'éditeur Tériade, le livre illustré Jazz occupe une place charnière dans l'œuvre de Matisse. Conçu comme un livre d'artiste, il devient progressivement le terrain d'expérimentation d'une technique nouvelle : les papiers gouachés découpés. Au fil de sa réalisation, Matisse découvre un langage plastique d'une liberté inédite.

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, Jazz ne représente pas l’univers musical. Pour Matisse, le mot évoque avant tout l’improvisation, le rythme et l’énergie créatrice. Comme un musicien de jazz, il invente en avançant, laissant dialoguer couleurs éclatantes et formes découpées dans un mouvement continu. 

Vue de l'exposition Matisse 1941-1954
Photo © Luc Castel, 2026

L’exposition réunit exceptionnellement l’album et sa maquette. Présentés dans un espace circulaire accompagné d’une création électroacoustique originale composée par Claudia Jane Scroccaro, artiste associée à l’IRCAM, ils offrent une approche sensible de cette œuvre emblématique. Images et sons se répondent pour faire percevoir ce que Matisse recherchait : un équilibre entre rythme, couleur et mouvement.

Focus : "La Chute d’Icare", une image devenue iconique 

Visuel d'oeuvre de Matisse, La Chute d'Icare
Collection privée, courtesy Galerie de l'Institut

Henri Matisse, La Chute d'Icare, 1943, Papiers gouachés, découpés et épinglés, 36 x 26,5 cm

Parmi les planches les plus célèbres de Jazz, "La Chute d'Icare" occupe une place particulière. Présentée au Grand Palais grâce à un prêt exceptionnel, cette composition saisissante associe une silhouette noire, une forme rouge vibrante et un fond bleu constellé d'étoiles. Elle témoigne de la puissance expressive que Matisse parvient à obtenir avec quelques formes découpées et des couleurs franches, au moment même où il invente un langage plastique entièrement nouveau.

Un jardin de formes et de couleurs 

Loin d’être un simple épilogue dans la carrière de Matisse, les gouaches découpées ouvrent un territoire de création inédit. Dans son atelier niçois, les formes colorées envahissent progressivement les murs, se déplacent, se recomposent et dialoguent avec l’espace. À travers Jazz, mais aussi les grands découpages monumentaux et les projets réalisés pour la chapelle de Vence, l’exposition révèle toute la vitalité d’une période que la commissaire de l'exposition Claudine Grammont résume en deux mots : "un moment de grâce".

Pour aller plus loin

Jazz est bien plus qu’un livre d’artiste : c’est le laboratoire dans lequel Matisse invente le langage des papiers gouachés découpés qui marquera les dernières années de sa création. Découvrez les coulisses de cet ouvrage mythique et de sa réédition exceptionnelle à l’occasion de l’exposition sur le site du Centre Pompidou.

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