Gaultier et les arts : une relation privilégiée avec le monde du cinéma, de la musique et de la danse

"Je crois qu'aujourd'hui la façon dont on s'habille est une forme d'expression artistique. Prenez Jean Paul Gaultier, ce qu'il fait est vraiment de l'art" déclarait Andy Warhol en 1984 au sujet du couturier.
29 avril 2015
|
Pauline Weber
Si ce dernier se considère plus comme un artisan qu’un artiste, les arts ont toujours tenu une place de choix dans son environnement. À travers ces collaborations artistiques mémorables, Jean Paul Gaultier a saisi dans son essence même le cinéma, la musique et la danse.
 
Emil Larsson Madonna 1990 Body-corset porté par Madonna, Blond Ambition World Tour, 1990 Publié dans Dazed & Confused, avril 2008 © Emil Larsson, 2008
Créateur de costumes pour plusieurs films – Le Cinquième élément, Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, Kika, La Cité des Enfants Perdus – Jean Paul Gaultier est également très proche des arts de la scène. Et pour cause. Chez lui, la mode se donne en spectacle, c’est même un leitmotiv ! Rien de plus naturel pour cet homme de show de s’être associé à des personnalités comme Sylvie Vartan, Sheila, Johnny Hallyday, Sylvie Joly, Mylène Farmer ou encore l’accordéoniste Yvette Horner. Doué d’une sensibilité musicale et d’une imagination débordante, Jean-Paul Gaultier a su réinterpréter leur univers respectif pour le retranscrire dans des tenues de scène fidèles à chacun. Sa rencontre la plus emblématique date de 1986 quand son chemin croise celui de Madonna. Après cinq mois de labeur, 200 costumes voient le jour et accompagnent la chanteuse et sa troupe dans sa tournée mondiale « Blond Ambition ». Le corset satin chair aux seins télescopés entre alors dans la légende…
Thierry Perez pour Jean Paul Gaultier Croquis de costume de scène pour Madonna, Blond Ambition World Tour, segment “Like A Virgin”, 1989-1990 Corset en lamé vintage © Jean Paul Gaultier

 
Sensible à la construction du corps dans son rapport au mouvement et au vêtement, Jean Paul Gaultier a également entretenu une relation inédite avec Régine Chopinot danseuse et chorégraphe contemporaine. Ensemble, ils ont revisité les frontières du costume et de la danse poussant la mode au delà de tout système. Création hybride à la croisée du défilé et du ballet, Le Défilé qui s’est tenu en 1985 au Pavillon Baltard, est le point d’orgue de leur collaboration. Flirtant avec les limites de l’importable, les tenues proposées ont des airs de Rei Kawakubo et bouillonnent d’insolence par leur étranges physionomies : robe à crinoline tricotée, accessoires encombrants, coussins portés en guise de cache-sexe ou de ceinture enguirlandée, slips kangourou géants ou encore tulle bouillonné. En 2008, Jean Paul Gaultier renouvelle l’expérience avec Angelin Preljocaj et habille les danseurs de Blanche Neige de guêpières, de vêtements-cage et de crinolines. Un enchantement hors du temps.

Pauline Weber
Mots-clés
A lire aussi

Le cinéma productiviste, objet de fascination

- 3 mai 2019
En Russie soviétique, les arts à large diffusion prennent un essor particulier pour d’évidentes raisons politiques. Le cinéma constitue ainsi pour Lénine le plus important des arts, qui le nationalise en 1919.
Tout le magazine