La Bohème en bandes organisées

30 octobre 2012
|

Par Armelle Fémelat, historienne de l’art et journaliste pour Beaux Arts Magazine
 

Contrepoints des institutions officielles; les cercles, cénacles et autres clubs de la bohème.

Phénomène collectif, la bohème évolue dans l’univers qu’elle s’est créé - en opposition avec celui de la bourgeoisie et des institutions officielles. Fruit des échanges et des moments de vie partagés de ses acteurs, elle s’organise en groupes, régis par des codes, usages et mœurs évoluant dans des lieux choisis. Cénacles, cercles, clubs, autant d’appellations pour désigner ce type de sociabilité organisée, où la bohème se vit et se crée. Ainsi, de 1834 à 1836, le cénacle du Doyenné se rassemble autour du peintre Camille Rogier et de Nerval, bientôt rejoints par Arsène Houssaye qui habitent tous trois impasse du Doyenné. Il est fréquenté aussi par Théophile Gautier, voisin de la rue du même nom et co-fondateur du Club des Haschischins. Réunissant artistes et écrivains, ce club au nom évocateur est fondé en 1845 par le médecin Moreau de Tours à l’hôtel Pimodan, autour de l’expérimentation de la résine de cannabis. "La confiture verte" comme la nomme Baudelaire dans ses Paradis artificiels. Autre témoignage littéraire de ces soirées hallucinées, le Club des haschischins de Théophile Gautier.

Dans les années 1840, un cénacle se crée autour de Gustave Courbet, ayant élu domicile à la Brasserie Andler. Il y proclame son droit de peindre « le vulgaire et le moderne » entouré de ses amis, toujours plus nombreux : Baudelaire, Daumier, Corot, Louis Edmond Duranty, Jules Vallès, etc. En émanent le pavillon du réalisme de Courbet et la Gazette fondée par Castagnary.

Murger et ses amis de jeunesse, les membres du cénacle de l’hôtel Merciol, Nadar et Champfleury ainsi que le petit monde du café Momus se retrouvent dans la Société des buveurs d’eau – ainsi nommée car ses membres n’ont pas les moyens de boire autre chose que de l’eau. Fondée en 1841, cette association d’aspirants littérateurs et artistes, est régie par une éthique intransigeante, des règles de vie et de travail strictes.


En 1871, Arthur Rimbaud rejoint les « Vilains Bonshommes » que sont notamment Verlaine, Mallarmé, Henri Cros, Théodore de Banville, le peintre Fantin-Latour, le photographe Etienne Carjat, réunis en cercle entre 1869 et 1872. Mais 1871 est aussi l’année du cercle des poètes zutiques amarés à l’Hôtel des Étrangers boulevard Saint-Michel, où Verlaine, Rimbaud et Cros, habitent parfois et s’ébrouent dans la vulgarité. Sans programme ni manifeste, ce cercle est animé par Ernest Cabaner issu du Salon de Nina de Villard – rare salon bohème ayant rassemblé écrivains, peintres et musiciens dans les années 1860 aux Batignolles. Composé de poèmes parodiques et de caricatures, L’Album zutique est le fruit de ces réunions viriles autour d’une absinthe.

Henri Fantin-Latour, Coin de table, 1872, Paris, musée d'Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

 
 

 

A lire aussi
Tout le magazine