La figure du pouvoir dans l'art haïtien

Le portrait, un art de combat...
1 décembre 2014
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Marion Mirande
Edouard Goldman, portrait de Toussaint Louverture, Edouard Goldman, © Dominique Franck Simon

Genre pictural dominant la création haïtienne, de la période coloniale jusqu'à l'émergence de l'indigénisme, le portrait n'a cessé de servir les intérêts du pouvoir.

Son apparition à Saint-Domingue, au moment de l'apogée de la colonie, correspond à la poursuite d'un pouvoir symbolique par le colon. Le portrait l'aide dans cette entreprise, à travers des représentations artificielles, exagérant ses richesses. La révolution noire et mulâtre de la fin du 18ème siècle brise le joug colonialiste et les chaînes de l'esclavage.
Le portrait participe alors à l'avènement des chefs affranchis qui s'affrontent mutuellement. C'est la naissance de l'art de combat et d'une esthétique de partis, où chacun cherche à glorifier son propre leader. Vainqueur de cette liberté nouvelle, une aristocratie émergente se fait portraiturer, tout au long du 19ème siècle, parée de la fierté d'un destin accompli, tandis qu'on exulte les valeurs de la république, à travers des peintures allégoriques des généraux de la guerre d'indépendance.



Le siècle et son lot de révolutions incite par ailleurs les dirigeants à engager le portrait au service des combats menés par la nation. Dans cette lignée, le mouvement indigéniste, émergeant au début du 20ème siècle, participe à l'apparition de la figure paysanne et de l'habitant des bidonvilles en promouvant l'identité haïtienne, nouvelle figure de pouvoir.

Philomé Obin, La démocratie en marche, 1946 © Dominique Franck Simon

Social et politique par nature, le portrait doit cependant attendre les années 1940 et l'Ecole du Cap emmenée par Philomé Obin, pour devenir un instrument de critique des élites. Dès 1986, l'expérience de la démocratie amplifie la dénonciation de l'autorité et de l'inconstance politique à travers, notamment, une imagerie animale pleine de dérision, telle que la travaille Jasmin Joseph.
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