Œuvre commentée de Velázquez : portrait de l'infante Marguerite en bleu

Après le célèbre portrait de Pablo de Valladolid, continuez la découverte de l'œuvre de Velázquez avec un autre portrait, celui de l'infante Marguerite en bleu.
4 juin 2015
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Marguerite
Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660) Portrait de l’infante Marguerite en bleu, Vers 1659, Vienne, Kunsthistorisches Museum Wien, Gemäldegalerie, inv. GG-2130


La mort de la reine Isabel de Bourbon, en 1644, puis celle du seul prince héritier, deux ans plus tard, entraînèrent une crise dynastique en Espagne. Le roi devait donner un héritier aux Habsbourg ; il épousa ainsi en 1649 sa nièce Marie-Anne d’Autriche, fille de Ferdinand III. Cinq enfants devaient naître de cette union, dont le futur roi Charles II et l’infante Marguerite, le 12 juillet 1651. Velázquez portraitura cette dernière à plusieurs reprises dès sa plus tendre enfance ; elle est notamment la princesse des Ménines. Trois de ces portraits, dont celui présenté ici, peint vers 1659, furent envoyés à la cour de Vienne, qui désirait avoir des images des membres de sa famille d’Espagne. Marguerite fut par ailleurs promise très tôt en mariage à son oncle l’empereur Léopold Ier, fils cadet de Ferdinand III.
Devenue impératrice en 1666, elle mourut prématurément sept ans plus tard. L’œuvre a été présentée dans un cadre ovale au xviiie siècle. Elle a retrouvé son format initial lors de sa redécouverte en 1923 et fut alors identifiée comme l’œuvre décrite « excellemment peinte » par Palomino. Sur cette toile, Velázquez représente Marguerite à l’âge de huit ans.
D’après les chroniques de l’époque, la petite fille était très belle et vive d’esprit. L’aspect enfantin de son visage contraste avec la richesse de son costume.
 
Guardainfante

Marguerite est vêtue d’un guardainfante bleu, couleur peu commune chez Velázquez. Importé de France et très apprécié à la cour madrilène, le guardainfante est une armature de robe qui se développe en largeur et se pose sur les hanches. Encore en vogue sous le règne de Charles II, il atteignait alors des proportions monumentales.
La robe de Marguerite est ornée dans sa partie inférieure de sept larges galons d’argent. Le corsage, également galonné d’argent, est garni d’un large col appelé valona cariñana. Parée de la chaîne de la toison d’Or, la princesse porte sur sa poitrine un nœud, la firmeza.
 
Un manchon

De sa main gauche dégantée, Marguerite tient un manchon, qui est un accessoire inhabituel dans les portraits ; peut-être s’agit-il d’un cadeau diplomatique de la cour de Vienne, comme le supposent les spécialistes.
De sa main droite, gantée, elle tient son second gant. Ses bras reposent sur sa robe, ce qui renforce la construction pyramidale de l’œuvre. Ses cheveux blonds ondulés, ornés de bijoux verts, tombent librement sur ses épaules.
 
Un palais

La scène a pour cadre la salle d’un palais, sans doute celui de l’Alcázar. Derrière l’infante, on distingue un meuble en marqueterie. Une tenture, un miroir ou encore pour certains un tableau suspendu au mur encadrent son visage. Sur le meuble, on aperçoit une horloge et un lion en bronze. Ces éléments soulignent le caractère symbolique du lieu et l’importance de la princesse qui, malgré son jeune âge, sait arborer un air solennel.
 
Une robe verte…

Il existe une seconde version du tableau, exécutée par le gendre et principal collaborateur de Velázquez, Juan Bautista Martínez del Mazo (vers 1612 – 1667). Dans cette variante aujourd’hui conservée à Budapest, la jeune princesse porte une robe verte. La toile avait également été envoyée à la cour de Vienne et passait pour un original de Velázquez avant la redécouverte du portrait de l’infante en bleu. Mais ni la touche vive et légère ni l’harmonie chromatique du maître ne se reflètent dans cette composition, qui semble plus figée.


Laetitia Perez

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