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Le trésor dispersé : enquête sur les tapis perdus du Roi-Soleil

Photo du 6ème tapis de la Grande Galerie du Louvre
Mobilier national - Isabelle Bideau

Manufacture de la Savonnerie d’après Charles Le Brun (1619-1690), 6ème tapis de la Grande Galerie du Louvre, 1668-1677, Laine et lin Paris, Mobilier national, GMT 6304

C’est une première mondiale, et elle ne dure qu’une semaine ! Du 1er au 8 février, une trentaine de tapis monumentaux créés pour Louis XIV se retrouvent enfin réunis dans la Nef du Grand Palais. Un rendez-vous rare qui redonne vie à un rêve royal longtemps resté inachevé.

Manufacture de la Savonnerie d’après Charles Le Brun (1619-1690), Tête d’Apollon, détail du 6e tapis de la Grande Galerie du Louvre
© Mobilier national - Isabelle Bideau

Manufacture de la Savonnerie d’après Charles Le Brun (1619-1690), Tête d’Apollon, détail du 6e tapis de la Grande Galerie du Louvre, laine et lin, 8,82 x 5,94. Paris, Mobilier national

Une commande hors normes pour un roi absolu

Nous sommes en 1668, au début du règne de Louis XIV. Versailles n’est encore qu’un pavillon de chasse. Le Louvre, lui, incarne le pouvoir. Jean-Baptiste Colbert, alors ministre du roi, lance un projet spectaculaire : recouvrir le sol de la Grande Galerie du Louvre avec 92 tapis tissés sur mesure. 

À la manufacture de la Savonnerie, on relève le défi. Pendant vingt ans, jusqu’en 1688, les liciers tissent ces pièces colossales. Charles Le Brun, premier peintre du roi, en dessine les motifs. Chaque tapis mesure près de 9 mètres de large. Mis bout à bout, ils devaient former un ensemble continu, pensé comme un décor total. 

Ironie de l’histoire, ces tapis ne seront jamais installés dans l’espace qui leur était destiné. Louis XIV, qui entretemps s’est installé à Versailles, cesse de s’intéresser au projet. Malgré tout, il est mené à son terme.

Un trésor qui se disperse

Très vite, l’unité de l’ensemble se fissure. Certains tapis sont offerts comme présents diplomatiques. D’autres sont retissés pour remplacer ceux qui partent. Puis vient la Révolution. Les tapis servent de monnaie d’échange, sont vendus, découpés, parfois perdus. Certains traversent les frontières et entrent dans des collections étrangères, publiques ou privées, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie… 

En France, les survivants poursuivent une autre vie. Palais officiels, ambassades, grandes cérémonies… À partir de l’avènement de la République, les tapis de la Grande Galerie sont considérés comme des objets de prestige, au service du rayonnement de la France. L’un d’eux ornait encore le bureau du Président de la République jusqu’en 2017. Le dernier a quitté l’Assemblée nationale en 2024.

Retrouver, restaurer, rassembler

Réunir ces tapis relève du puzzle géant. Certains n’avaient jamais quitté leurs réserves. D’autres ont été patiemment restaurés. En 2024, le Mobilier national acquiert même un fragment majeur du 50e tapis. Petit à petit, le grand dessein de Colbert reprend forme. 

Aujourd’hui, 41 tapis sont conservés par les Manufactures nationales, dont 33 complets. À cela s’ajoutent 4 des 13 tapis créés pour la Galerie d’Apollon. Un ensemble fragile, rare, présenté pour la première fois au Grand Palais !

Simulation 3D des tapis dans la Nef du Grand Palais
Clément Hado et Anthony Lelonge, Manufactures nationales

Trésor retrouvé du Roi-Soleil – Nef du Grand Palais, projection 3D

Une scénographie à la hauteur du mythe

Sous la Nef du Grand Palais, l’effet est saisissant. L’espace monumental répond à l’ambition originelle du projet : les tapis ne sont plus des fragments d’Histoire, mais un ensemble presque narratif. On circule, on compare, on réalise la démesure. La scénographie joue la clarté : elle laisse respirer les œuvres, souligne leurs motifs, leurs couleurs, leur puissance symbolique.

Une exposition exceptionnelle à ne pas laisser filer !

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