Le combat de Robert Mapplethorpe

Diagnostiqué séropositif en 1986, Robert Mapplethorpe met en scène dans un autoportrait sa maladie et l'imminence de la mort...
2 juillet 2014
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Virginie Huet
Robert Mapplethorpe, Self-portrait (Autoportrait), 1988, 61x50,8 cm, épreuve au platine, © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission
Une canne mortifère tenue par une main décharnée. Au bout, flotte le visage émacié de Robert Mapplethorpe, les cheveux poivre et sel coiffés en arrière. Une apparition, une vanité, une prophétie : on est en 1988, l’artiste a alors quarante et un ans. Il mourra un an plus tard, victime du sida, comme beaucoup d’autres cette année là.

« Cancer gay », lit-on dans le New York Magazine, « a big disease with a little name » chante Prince dans Sign O’ The Times… Pour Thibault Boulvain*, deux tendances artistiques s’affirment face à l’émergence du virus au début des années 80 : d’une part, un art de revendication quasi politique, flirtant avec la propagande, incarné notamment par David Wojnarowicz (1954-1992), militant chez Act Up, ou Mark Morrisroe (1959-1989), et d’autre part une mouvance plus poétique, voire métaphorique, à laquelle appartiendrait Robert Mapplethorpe, diagnostiqué séropositif en 1986.

« S’il dit la maladie sans la dire, il ne parle que de ça » commente Thibault Boulvain. Soulignant « la violence de l’impact sur cette génération de créateurs qui a dû trouver les formes et les mots pour dire la maladie », il se méfie du mythe de l’artiste martyre, résultat de la projection stigmatisante d’une société bien pensante. Il dit encore : « Contrairement à Hervé Guibert qui refuse à la photographie l’image de son corps (…) Mapplethorpe réinvente l’autoportrait face à l’imminence de la mort ». Chez lui, point de mise en scène du corps spectacle, décharné, mais une sublimation très maîtrisée du mal qui le ronge.

C’est que celui qui se rendra en fauteuil roulant au vernissage de sa première rétrospective au Whitney Museum, en 1988, a le souci du détail. Par pudeur et amour du beau, il se rattache au symbolisme. Un combat, à sa manière.

*Thibault Boulvain, chargé d’études et de recherches à l’INHA au sein du domaine « Histoire de l’art contemporain, XXe et XXIe siècles », poursuit une thèse de doctorat sous la direction de Philippe Dagen, intitulée : « Un ''art malade''. Pratiques et créations artistiques au temps des « années sida » (1981-1997). Etats-Unis/Europe ».

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