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Au XIXe siècle, la fréquentation des cabarets et des théâtres est un aspect très important de la culture urbaine, populaire ou petite-bourgeoise. Parfois accusés d’être des lieux de débauche, Toulouse-Lautrec était très familier de cet univers qu’il a représenté à de nombreuses reprises !
À la fin du XIXe siècle, le café-concert est devenu une véritable "industrie culturelle" avec 326 établissements à Paris en 1897. Les chansons que l'on écoute pendant ces spectacles sont alors vendues dans la rue de 10 à 35 centimes et connaissent des tirages allant jusqu'à 300 000 exemplaires, voire plus d'un million pour certaines.
Toulouse-Lautrec, familier de l'univers du café-concert et des femmes artistes qui animaient ces spectacles, admirait particulièrement les femmes rousses. Le personnage qu'avait su inventer Yvette Guilbert le fascinait. Il l'aperçut pour la première fois au Divan japonais, en 1890. Par son répertoire et par l'originalité de son personnage, elle fait partie des femmes qui ont éveillé chez lui un intérêt passionné.
Les lignes nerveuses et brèves du peintre au service d'un dessin épuré et synthétique servent particulièrement bien la silhouette maigre et élancée de la chanteuse en fourreau. Afin de fixer le réel, Lautrec a choisi de symboliser Yvette Guilbert par l'accessoire le plus personnel et le plus original de sa tenue : ses gants noirs. En insistant sur le maquillage, le visage blafard, les lèvres rouges, la ligne des sourcils et le fard à paupières, il transforme le visage d'Yvette en un masque expressif, une sorte de clown sérieux. Mais la chanteuse n'appréciera pas cette affiche et se montrera profondément heurtée par ce portrait : "Petit monstre ! Mais vous avez fait une horreur !". Même plus tard, les années passant, Yvette Guilbert restera perplexe et déclarera : "Je me trouvais si férocement caricaturée que je n'y pris aucune joie, le génie de l'artiste n'arrivait pas à m'apparaître, et je ne suis jamais arrivée à comprendre par quoi j'étais synthétisée par Lautrec."
C'est pourtant en décomposant ses moues sans aucune concession, en restituant ses déformations expressives et ses jeux de physionomie, que le peintre a fixé l'image de la chanteuse. Il a pleinement participé à sa célébrité au cours de sa carrière ainsi qu'à sa gloire posthume, en immortalisant ses fameux gants noirs.
Yvette Guilbert a conduit sa carrière d'une manière exemplaire. Elle est partie de rien, sans aucun réseau, ni talent vocal particulier pour devenir une artiste majeure de son époque aux cachets faramineux. À l'heure où le café-concert proprement dit commençait à être concurrencé par le music-hall, Yvette Guilbert a cherché à se distinguer des autres chanteuses traditionnelles en proposant au public une forme de spectacle plus artistique et plus intellectuel.
Pour en savoir plus sur les femmes de cabaret, music-hall et café-concert, rendez-vous sur le site Histoire par l'image avec un album d'études dédiées !
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