Œuvres commentées d'Élisabeth : Marie-Thérèse et son frère le dauphin

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20 novembre 2015
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Gwenola Firmin
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Thérèse Charlotte de France, dite Madame Royale, et son frère le dauphin, Louis Joseph Xavier François, 1784, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Marie-Thérèse et son frère le dauphin

Alors que la comtesse d’Artois avait déjà deux fils, les ducs d’Angoulême et de Berry nés respectivement en 1775 et 1778, la naissance des Enfants de France rassura les souverains.
La venue au monde en 1778 de Marie-Thérèse Charlotte de France (1778-1851) prouvait la fécondité du couple royal ; celle du dauphin, Louis Joseph Xavier François (1781-1789), donnait en 1781 un héritier au trône. Ce double portrait, commandé par la reine, met en scène les enfants royaux, assis à terre, dans un cadre champêtre. Un nid tombé d’un arbre et encore habité par ses oisillons suscite leur intérêt.
À l’arrière-plan, le paysage, fermé à droite par un tronc d’arbre, s’ouvre à gauche sur une allée de treillage. Le chapeau de feutre du dauphin est posé devant lui sur un bouquet de fleurs. On est loin des obligations officielles de la cour. Cependant, le costume ne manque pas de rappeler le rang des enfants de Marie-Antoinette. Dans son habit « à la matelote » ou « à la marinière » en satin de soie prune, le jeune dauphin arbore la croix et le cordon bleu céleste du Saint-Esprit, distinction que tout fils de France reçoit le jour de son baptême.

Abritée sous un chapeau de paille, un châle noué autour des épaules, Madame Royale est vêtued’une robe fourreau de satin rayé, bordée de fine dentelle aux manches. Comme l’a montré Joseph Baillio, l’artiste reprend ici la formule du double portrait d’enfants dans un paysage mise en oeuvre par François-Hubert Drouais dans les années 1760. Le comte d’Artois et sa soeur, Madame Clotilde (château de Versailles), exécutéen 1763, constitue le modèle de notre tableau. Thème et composition sont en effet très proches. Le comte d’Artois pose la main sur l’épaule de sa cadette, la fille de Marie-Antoinette, de même, sur celle de son jeune frère. Les enfants, chez Drouais, jouent avec une chèvre, ici avec des oisillons. Le comte d’Artois serre une touffe d’herbe dans une main, le dauphin tient un volatile. Cependant, d’un tableau à l’autre, la tonalité est différente. Mme Vigée Le Brun insiste davantage sur la relation fraternelle unissant les deux personnages. Ainsi Madame Royale porte-t-elle sur son jeune frère un regard protecteur. Relevons encore, avec Xavier Salmon, que l’intégration des deux enfants dans le paysage fonctionne mieux dans le tableau de Mme Vigée Le Brun que dans celui de Drouais.
Maurice Blot grava ce tableau en 1786 ; son oeuvre fut présentée en pendant de La Leçon d’équitation (1767), gravure par Jacques-Firmin Beauvarlet, d’après le portrait du comte d’Artois et de sa soeur.

(détail)
Exposé au Salon de 1785, le tableau, qui portait le n° 85, reçut un accueil enthousiaste. L’abbé Soulavie commenta : « […] la tête de Madame Royale, fille du roi, est pleine de grâce. Madame Le Brun y a puisé son savoir dans l’art des belles physionomies où elle excelle. » Une réplique autographe, de moindres dimensions, d’après la toile de Versailles, mentionnée dans le livre de comptes de l’artiste à la date de 1789 (ancienne collection Roberto Polo, ventes à Paris, 30 mai 1988 et 7 novembre 1991), fut exécutée sans doute après la mort du dauphin qui, souffrant de rachitisme, disparut en 1789. Des quatre enfants de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Madame Royale, future duchesse d’Angoulême, atteignit seule l’âge adulte.


Gwenola Firmin

 
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