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Au XIXème siècle, le peuple est une force en marche dont les artistes veulent saisir à la fois la souffrance, l’énergie et la destinée.
Loin des salons parisiens, les paysans attirent l’oeil artiste des peintres. Des portraits de femmes travaillant aux champs, aux scènes agrestes peuplées d’animaux de la ferme, les toiles deviennent naturalistes.
Manda Lamétrie d’Alfred Roll est au monde paysan ce que la Nana de Zola est au monde des cocottes parisiennes : une icône ! Comme le rappelle l'article qui lui est consacré dans Histoire par l'image, le portrait fut exposé au Salon de 1888, et primé « tableau de l’année » pour son style réaliste sans fioritures qui raconte la destinée sociale des plus humbles.
Amanda Lamétrie - de son vrai prénom - a vingt ans quand elle pose pour Alfred Roll. Cette jeune femme indépendante ressemble aux personnages féminins de George Sand : bravache, elle élève seule, un cheval et trois vaches, à Sainte-Marguerite-sur-Mer où elle pêche les crevettes qu’elle vend pour vivre. Son tablier beige rosé se confond avec le pelage de la vache qui semble faire corps avec elle ; l’atmosphère est paisible et le travail à la ferme, s’il donne du rose aux joues et nécessite une certaine condition physique comme le suggèrent les bras nus portant le lourd seau rempli de lait, n’est pourtant pas montré comme un pénible labeur.
Contrairement à cette représentation en pied de la jeune fermière, Millet choisit d’exprimer la dureté du travail des Glaneuses (voir illustration de l'article) : penchées sur la terre, le dos courbé, la tête plus basse que les hanches, il cherche par leur posture à traduire l’effort physique du corps souffrant. Comme l’historien Yvan Jablonka l’écrit dans le très bel article Le travail aux champs du site Histoire par l’image : elles ressemblent à des « épouvantails en haillons », personnification de la misère sociale des campagnes. Elles glanent les miettes d’une opulence qui leur est refusée.
Parce qu’ils participent au tableau naturaliste de la ruralité, les animaux sont également mis en scène. Le retour du troupeau peint par le peintre américain - lire à ce sujet L'influence de l'impressionnisme dans la peinture américaine -, Charles Sprague Pearce, expatrié en Europe et influencé par Léon Bonnat, fait écho au Retour du troupeau de Rosa Bonheur. Les deux oeuvres rappellent le caractère immuable du labeur aux champs.
La tonalité quasi religieuse rendue par les tonalités claires et la lumière blanche du Retour du troupeau contraste avec les couleurs plus chaudes de la terre brune et des croupes ocres des boeufs, représentés dans Le sombrage. Le bleu du ciel et le vert de l’herbe tranchent avec la terre fraîchement labourée, dont on peut sentir la matière retournée et piétinée… La lenteur et la massivité du cortège sont rendues par les frêles silhouettes de ses gardiens, effacés derrière les flancs des bovins aux muscles saillants.
Hommes et bêtes vivent au rythme des saisons et se plient à leur condition avec une dignité mise en lumière par le format paysage, d’ailleurs colossal pour le tableau de Sprague (226 X 325 m).
Les paysans s'accordent ici avec leurs bêtes, moutons et boeufs, comme aux temps les plus anciens, réécrivant un mythe agreste décidément atemporel.
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