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Elle est la star de l’affiche “Dessins sans limite” : Trois silhouettes en costume, figées dans un geste extrême. Avec le triptyque Men in the Cities, Robert Longo transforme le dessin en image monumentale et interroge notre obsession pour les images. Décryptage !
Vous les avez déjà vues, sans forcément le savoir. De l’appartement glacé du golden boy d’American Psycho, au générique de Mad Men en passant par les publicités, les campagnes de mode, jusqu’aux appareils Apple : les Men in the Cities sont partout. À tel point que Longo dit en avoir perdu la paternité !
Cette circulation sans fin dit quelque chose de notre époque : nous consommons les images, puis nous les recyclons à l’infini.
À l’origine, pourtant, il y a un geste précis. Une série de photographies prises entre 1977 et 1982. Elles-mêmes inspirées d’un photogramme du film de Rainer Werner Fassbinder, Der amerikanische Soldat [Le Soldat américain] datant de 1970. On y voit un gangster touché par balle, au moment exact où il bascule, prêt à s'effondrer au sol. Ce suspens du corps qui vacille devient le cœur du projet.
Pour la réalisation, Longo met en scène ses modèles : il lance des objets pour provoquer l’esquive, tire des cordes comme celles d’une marionnette. Les corps se tordent. Les gestes sont chorégraphiés.
Transposées au fusain, ces silhouettes anonymes deviennent immenses. Plus de 2 mètres de haut sur 1,50 mètre de large chacune. Le noir est dense, le contraste violent. Les costumes sont impeccables. Les visages disparaissent souvent dans le mouvement.
Que voyez-vous ? Une danse ? Une agonie ? Un orgasme ? Peut être tout à la fois.
Ces figures sont les symboles abstraits d’une classe sociale, celle des yuppies new-yorkais. Elles reflètent les tensions et luttes de la vie urbaine. "Des blancs, […] juste des âmes condamnées. Des gens qui ont construit les immeubles qui allaient leur tomber dessus". La chute est déjà là, inscrite dans la pose.
Le format XXL n’est pas anodin. Dans une Amérique du “bigger is better”, Longo élève ces figures ordinaires au rang de tableaux d’histoire. Il revendique aussi l’héritage de l’expressionnisme abstrait, premier grand mouvement artistique américain selon lui. Ici, le dessin ne sert pas d’esquisse, il rivalise avec la peinture, la photographie, le cinéma.
Car Robert Longo est un dessinateur compulsif. Il s’attache à mettre sa virtuosité hyperréaliste au service du dessin pour le sortir du cadre étriqué auquel il est souvent assigné et concurrencer les autres médiums. Son engagement est physique. Il parle même d’alchimie pour décrire son processus créatif : dessiner, c’est consumer l’image, l’absorber, puis la projeter sur le papier.
Présenté dans l’exposition Dessins sans limite au Grand Palais jusqu’au 15 mars 2026, le triptyque prend une dimension particulière. Il rappelle que le dessin peut être monumental. Et peut-être est-ce là la force de l’œuvre : figer l’instant précis où tout vacille.
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