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Trois questions à Maud Le Pladec, chorégraphe et directrice du CCN – Ballet de Lorraine

Maud Le Pladec sur le toit du Grand Palais
Photo © Quentin Chevrier, 2026

Après avoir chorégraphié la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, c’est sous la Nef du Grand Palais que Maud Le Pladec, accompagnée des virtuoses du Centre Chorégraphique National – Ballet de Lorraine, présente un programme de quatre pièces courtes et sensibles mêlant danse, théâtre et musique les 16, 17 et 18 juillet. À cette occasion, elle répond à nos questions !

Pour le Grand Palais, Maud Le Pladec et les danseurs et danseuses du CCN - Ballet de Lorraine imaginent une expérience en mouvement : quatre pièces réunies en une trajectoire chorégraphique pour explorer le lien entre l’individu et le collectif. De la puissance d’un groupe à l’intimité d’un trio, le programme Crescendo part de la multitude pour aller vers l’essentiel.

Pourquoi faire coexister, dans un même programme, la puissance du collectif et l’intimité d’un trio ? Chaque pièce est-elle autonome ou pensée comme un mouvement d’ensemble ? 

3 femmes en costume violet sur un fond qui semble être de l'eau
Ecoute Chérie

Maud Le Pladec, Veins of Water

Chaque pièce possède sa propre autonomie, son propre univers et sa propre histoire. Pourtant, lorsque j’ai été invitée à investir la Nef du Grand Palais, j’ai ressenti le besoin de les réunir dans une trajectoire. Ce programme est construit comme un mouvement de transformation. Il part de la multitude pour aller vers l’essentiel. Il commence avec une communauté visible, un groupe nombreux de danseurs qui occupent l’espace dans toute son ampleur, puis il avance progressivement vers des formes de plus en plus concentrées, jusqu’à ne laisser apparaître que trois figures dans Veins of Water. Ce qui m’intéressait était de créer un paradoxe : un de-crescendo chorégraphique qui deviendrait un crescendo émotionnel. Plus le nombre de corps diminue, plus le regard se rapproche, plus l’expérience devient intime et plus l’intensité poétique grandit. 

J’aime imaginer la Nef comme un immense vaisseau de verre. Ensemble, nous décollons depuis le monde social, depuis la communauté humaine, pour entreprendre un voyage. Les pièces traversent différents états du corps, différentes façons d’être ensemble, jusqu’à atteindre un territoire plus mystérieux, plus intérieur, presque cosmique. À la fin, dans Veins of Water, il ne reste que trois présences. Elles apparaissent comme des créatures suspendues entre ciel et eau, entre matière et imaginaire. Comme si le voyage avait progressivement retiré tout ce qui était accessoire pour révéler une forme d’essence, ou peut-être une autre manière d’habiter le monde.

Comment écrire pour un espace comme la Nef, entre monumentalité et dispersion ? 

La Nef du Grand Palais est un espace fascinant parce qu’elle oblige à penser simultanément l’infiniment grand et l’infiniment proche. Sa monumentalité pourrait disperser le regard. Pourtant, elle offre aussi la possibilité de créer des expériences d’une très grande intimité. Toute la question est là : comment transformer un lieu conçu pour l’immense en un espace capable d’accueillir la proximité ? 

Je n’ai pas cherché à lutter contre cette architecture. J’ai voulu travailler avec elle. Sa verrière ouvre la danse vers le ciel, vers la lumière, vers quelque chose qui dépasse l’échelle humaine. Elle nous rappelle constamment que nous sommes sous une voûte immense, entre terre et cosmos. Au fil de la soirée, le rapport à cet espace se transforme. Au début, les corps dessinent de vastes paysages chorégraphiques. Puis peu à peu, grâce à la lumière, à l’écoute et à la concentration du regard, l’immensité semble se resserrer autour des interprètes. 

L’espace ne devient pas plus petit ; c’est notre perception qui change. La monumentalité finit alors par produire l’effet inverse de celui que l’on pourrait attendre : elle devient le cadre d’une expérience profondément intime. Comme lorsque l’on regarde le ciel nocturne et que, face à l’infini, on éprouve soudain quelque chose de très personnel et de très intérieur.

Dans Synchronicité, que devient un corps pris dans une masse de 50 danseurs : s’efface-t-il, ou se redéfinit-il autrement ? 

Je ne crois pas qu’il s’efface. Je crois qu’il change d’échelle. Dans Synchronicité, chaque corps appartient à une communauté plus vaste, mais il ne disparaît jamais en elle. Ce qui m’intéresse, c’est précisément cette oscillation permanente entre le singulier et le collectif. La pièce est née d’une réflexion sur ce qui nous relie. Comment des individus différents peuvent produire ensemble une forme commune sans renoncer à leur singularité ? Comment un rassemblement humain peut devenir une expérience poétique ? 

Lorsque cinquante danseurs évoluent ensemble, quelque chose apparaît qui dépasse chacun d’entre eux. Des flux, des constellations, des mouvements collectifs émergent. Mais ces constellations ne sont jamais abstraites : elles sont composées de présences, de respirations, d’histoires individuelles. J’aime penser que le corps ne s’efface pas dans la masse ; il devient cellule d’un organisme plus grand, étoile d’une constellation plus vaste. Il continue d’exister pleinement, mais son identité se redéfinit à travers les liens qu’il tisse avec les autres. 

Et c’est sans doute là que commence le voyage proposé par cette soirée. Car même lorsque l’on arrive à Veins of Water et qu’il ne reste plus que trois danseuses, quelque chose de cette multitude continue de résonner. Comme si toute la communauté traversée au début du parcours demeurait présente, invisible mais vivante, à l’intérieur de chacune d’elles.

Une cinquantaine de danseurs sur scène
Photo © Cesar Vayssie

Maud Le Pladec, Synchronicité

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